SPLIT (2016)

James McAvoy incarne un homme doté de 24 personnalités différentes, dont l'une est un monstre bestial…

SPLIT

2016 – USA

Réalisé par M. Night Shyamalan

Avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Jessica Sula, Haley Lu Richardson, Betty Buckley, Brad William Henke, Sebastian Arcelus

THEMA DOUBLES

Trouver la bonne échelle. Telle semble avoir été la quête de M. Night Shyamalan depuis le début des années 2010. Malgré leurs indiscutables qualités, Le Dernier Maître de l’Air et After Earth n’avaient recueilli qu’un accueil glacial auprès du public et de la critique, incitant le cinéaste à revoir ses ambitions à la baisse en concoctant dans la foulée de ces deux titanesques superproductions un film au budget minuscule, The Visit. Si la rentabilité était finalement au rendez-vous et les réactions plus positives, ce « found footage » se contentait souvent d’accumuler les gimmicks inhérents au genre sans suffisamment innover. Pour pouvoir exprimer au mieux sa créativité, Shyamalan avait besoin de trouver un cadre aux bonnes proportions, comme à l’époque de Sixième Sens et Incassable. Il l’a trouvé avec Split. Tout ce qui faisait la force, la singularité et la nouveauté des premières œuvres du réalisateur est de retour dans ce long-métrage surprenant érodant les frontières entre la normalité et le fantastique jusqu’à créer un profond malaise. Le sujet du trouble dissociatif de l’identité n’est certes pas neuf et a déjà donné lieu à quelques longs-métrages mémorables (du séminal Psychose à Fight Club en passant par Identity, L’Esprit de Caïn ou Fenêtre Secrète pour n’en citer qu’une poignée). Pourtant Shyamalan parvient à réinventer le thème en s’inspirant d’un cas réel – celui du violeur américain Billy Miligan arrêté à la fin des années 70 – pour imaginer le personnage de Kevin Wendell Crumb.

Incarné à merveille par James McAvoy, cet homme est suivi par une psychiatre (Betty Buckley) qui a identifié chez lui pas moins de vingt-trois personnalités différentes. L’une d’elles, prénommée Dennis, pousse la maniaquerie jusqu’à frôler dangereusement la psychopathie.  Un jour, notre homme kidnappe ainsi trois jeunes filles qu’il juge impures afin de les livrer à une créature qu’il appelle « La Bête ». Or cet être monstrueux, à l’appétit insatiable et aux capacités physiques surhumaines, s’avère être sa vingt-quatrième personnalité. Jusqu’alors en sommeil, elle s’apprête visiblement à émerger du néant. Chez David Cronenberg, les répercussions des troubles psychologiques sur la matière organique provoquaient la génération d’organes, d’appendices ou de rejetons contre-nature. Ici, elles changent la physiologie d’un être humain jusqu’à le muer partiellement en bête. Shyamalan revient ainsi aux fondements du mythe de la lycanthropie. 

La Bête s'apprête à surgir du néant…

Le postulat de Split est le suivant : si chaque personnalité issue du trouble mental dissociatif est capable de développer des symptômes physiques distincts et à priori incompatibles, rien n’empêche l’une de ces facettes de se métamorphoser littéralement en monstre. Cette approche naturaliste du fantastique nous rappelle la manière unique dont le réalisateur traitait le thème des super-héros dans Incassable. Le fait que ces deux longs-métrages finissent par s’entrecroiser au cours des dernières secondes de Split procède donc d’une logique imparable, prélude d’un troisième long-métrage prometteur qui mixera en un tout cohérent les deux volets de ce diptyque tournés chacun à une période charnière de la carrière de M. Night Shyamalan. « Je considère que l’ensemble de mes films représente une œuvre complète et cohérente », nous confirme le cinéaste. « Chacun a ses films favoris, qu’il s’agisse de Sixième Sens, de Signes ou du Village. J’avoue avoir personnellement une petite préférence pour Incassable. » (1) D’où la volonté légitime d’en faire le premier volet d’une trilogie.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2015.

 

© Gilles Penso

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