VENOM (2018)

Le fameux super-vilain métamorphe et extra-terrestre a droit à son premier film solo, avec Tom Hardy mais sans Spider-Man…

VENOM

 

2018 – USA

 

Réalisé par Ruben Fleischer

 

Avec Tom Hardy, Michelle Williams, Riz Ahmed, Scott Haze, Reid Scott, Jenny Slate, Melora Walters, Michelle Lee, Sam Medina, Jared Bankens, Sope Aluko

 

THEMA SUPER-VILAINS I SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

C’est dans Spider-Man 3 que Venom, le célèbre « jumeau maléfique » de l’homme-araignée créé en 1984 par David Michelinie et Todd McFarlane, fait sa première apparition sur grand écran. Proche de son modèle dessiné, il peine cependant à se tailler le rôle qu’il mérite dans un long-métrage tiraillé entre plusieurs envies. Sam Raimi refusant de s’engager dans un Spider-Man 4, la franchise renaît de ses cendres avec le diptyque The Amazing Spider-Man. Sony envisage alors de ramener Venom sur le devant de la scène, pourquoi pas dans un épisode 2 ou 3. Mais une fois de plus, les choses ne se passent pas comme prévu. The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros déçoit au box-office et les droits de Peter Parker et de son alter-ego rouge et bleu sont restitués au studio Marvel, qui peut enfin intégrer l’homme-araignée dans l’arc narratif des Avengers avec Captain America : Civil War puis Spider-Man Homecoming. Or Sony possède toujours les droits de Venom. Lui consacrer un long-métrage à part entière ressemble dès lors à une opération de la dernière chance, d’autant que ce super-vilain est intrinsèquement lié à Spider-Man. Or Spidey n’a plus sa place dans le « Sony Marvel Universe » (appelons-le comme ça). Qu’importe : les scénaristes Kelly Marcel, Jeff Pinkner et Scott Rosenberg trouveront bien un moyen de réinventer les origines du monstre sans solliciter Peter Parker.

Le principe même de ce Venom a donc de quoi faire grincer les dents de n’importe quel amateur des comics originaux. Mais bon, tentons de nous laisser porter par le spectacle en oubliant tout à priori. Cela ne semble pas totalement impossible dans la mesure où Tom Hardy parvient à nous séduire dans le rôle d’Eddie Brock, journaliste d’investigation au caractère bien trempé. Son éthique inébranlable lui a déjà valu bien des déconvenues, notamment le fait d’être renvoyé du Daily Globe à New York (petite allusion à son emploi de reporter pour l’acariâtre J. Jonah Jameson). Il habite désormais à San Francisco, file le parfait amour avec l’avocate Anne Weying (Michelle Williams) et continue à flairer les scandales… jusqu’à se frotter à trop fort pour lui, en l’occurrence le puissant industriel Carlton Drake (Riz Ahmed) qui est accusé d’utiliser des cobayes humains pour ses expériences scientifiques. Or Drake vient de ramener de l’espace dans le secret le plus total des entités extra-terrestres gluantes et voraces, les symbiotes, qu’il rêve de faire fusionner avec les humains pour une raison qui nous échappe (malgré ses grands discours exaltés sur l’avenir de l’humanité). Par un concours de circonstance totalement improbable, Eddie Brock parvient à s’infiltrer tranquillement dans le laboratoire de Drake, se retrouve « possédé » par l’un des symbiotes sans que sa santé semble fondamentalement altérée (tous les autres cobayes sont pourtant morts ou moribonds) et devient Venom, le super justicier aux grandes dents et à la langue pendante.

The Mask avec des tentacules

Même avec la meilleure volonté du monde, il est très difficile d’accorder le moindre crédit au film passé son premier acte prometteur. Visiblement incapables de trouver le ton juste, les scénaristes et le réalisateur Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland) cherchent à faire plaisir au studio – qui veut bien sûr brasser le public le plus large – et jouent donc la carte de l’humour. Finis les tourments et le désarroi d’Eddie Brock absorbé par un Mister Hyde redoutable qui le transforme en monstre et noircit son âme. Ici, le symbiote agit comme le masque viking de The Mask. Eddie Brock se transforme en effet en personnage cartoonesque blagueur et turbulent qui perd le contrôle de son corps quand il ne se dispute pas avec son alter-ego intérieur en une série de « scènes de ménage » navrantes. Le film enchaîne alors les gags embarrassants (Tom Hardy qui entre dans l’aquarium d’un restaurant pour manger des homards), les scènes d’action absurdes (une poursuite entre des drones et une moto dans les rues de San Francisco) et les rebondissements grotesques (le pire étant probablement l’intervention furtive d’une « She-Venom »). Nous avons même droit à un « chien-Venom », nouvelle preuve que The Mask n’est pas loin. Tout s’achève par un affrontement peu palpitant entre des images de synthèse qui se livrent à une orgie visuelle qui nous laisse froid, jusqu’à l’inévitable épilogue post-générique annonçant l’avènement de Carnage. Voilà de quoi faire largement relativiser sur l’intervention décevante de Venom dans Spider-Man 3.

 

© Gilles Penso

 

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