L’HOMME INVISIBLE (1984)

Une variante russe du célèbre mythe qui se réapproprie avec beaucoup de libertés le roman de H.G. Wells…

CHELOVEK-NEVIDIMKA

 

1984 – RUSSIE

 

Réalisé par Aleksandr Zakharov

 

Avec Andrey Kharitonov, Romualdas Ramanauskas, Leonid Kuravlyov, Natalya Danilova, Oleg Golubitsky, Nina Agapova, Viktor Sergachyov, Yuriy Katin-Yartsev

 

THEMA HOMMES INVISIBLES

Passionné de trucages depuis le début de sa carrière, au cours de laquelle il a notamment l’occasion d’assister le cinéaste Aleksandr Ptushko (Le Nouveau Gulliver, Le Géant de la Steppe), Aleksandr Zakharov décide de passer lui-même à la réalisation à l’occasion de cette adaptation libre du célèbre « Homme invisible » d’Herbert George Wells. Après la mort de son père, Jonathan Griffin (Andrey Kharitonov) décide de reprendre ses recherches, basées sur la quête de l’invisibilité. Sa théorie est la suivante : Plus de 80% du corps humain est constitué d’eau, or l’eau est transparente. Il n’est donc pas ilmpensable de rendre transparent ce qui reste pour obtenir un homme entièrement invisible. Lorsqu’un de ses amis lui demande l’intérêt d’une telle expérience, il invoque la curiosité scientifique. Mais Jonathan croule bientôt sous les dettes. Les huissiers emportent tout, le laissant partiellement démuni. À cours d’argent pour poursuivre ses recherches, il décide de réaliser sa seule expérience sur lui-même, dans une chambre de motel miteuse reconvertie en laboratoire. Après avoir bu le sérum, sa peau devient grise et ses cheveux blancs. Les locataires du motel, paniqués et surexcités, se jettent sur sa porte à coup de hache et de rondin de bois pour savoir ce qu’il mijote. Mais il a disparu…

Voilà comment commence L’Homme Invisible d’Aleksandr Zakharov qui, malgré de modestes moyens, se paie une belle reconstitution d’époque avec force costumes, décors, véhicules et figuration. Le film est d’ailleurs partagé entre une approche relativement naturaliste et quelques écarts purement fantaisistes le faisant pencher tour à tour vers la théâtralisation excessive (ces gigantesques volutes de fumées qui débordent depuis la chambre de son motel jusque dans l’escalier et les parties communes), la comédie burlesque (la cravache suspendue dans le vide qui mène un cheval et sa carriole au milieu de la ville et provoque moult carambolages), la poésie surréaliste (les peluches d’un magasin de jouet qui s’animent toutes seules) ou l’anachronisme étrange (le rêve sur une plage tourné comme un clip des années 80 ou cette espèce de rock’n roll qui retentit pendant la scène de la fête foraine). Bref, cet Homme invisible cuvée 1984 s’avère souvent insaisissable.

« Tu as surpassé la magie et la sorcellerie ! »

Au milieu de ses idées éparses, le scénariste/réalisateur tient tout de même à payer son tribut aux classiques, et notamment à l’indétrônable Homme invisible de James Whale. Dans le magasin qu’il visite après s’être soumis lui-même au sérum de l’invisibilité, Griffin emprunte donc les accessoires qui le doteront du look que tout le monde connaît : un grand manteau, une écharpe, des lunettes noires, des gants, du bandage, quelques touffes de cheveux et un faux nez. Une grande partie des trucages du film est réalisée en direct, à l’aide d’astucieux mécanismes, tout en s’efforçant d’émuler ceux du mètre-étalon de 1933, notamment pendant l’incontournable séquence de déshabillage dans le motel. Mais Zakharov nous offre en prime des effets inédits, comme lorsque notre homme invisible en peignoir, sans mains ni tête, recouvre son visage de maquillage blanc pour laisser apparaître partiellement ses traits. Autres visions surprenantes : sa main qui devient visible dans l’eau d’un bocal à poisson, ou son corps qui se devine sous une pluie battante. Contrairement au Griffin de Wells, celui de Zakharov ne devient pas psychopathe et s’offre même une nuit romantique dans une grange enfumée avec sa bien-aimée (Natalya Danilova). Son pire ennemi ne sera donc pas lui-même mais la cupidité d’un confrère affirmant : « Tu es assurément un excellent scientifique, tu as surpassé la magie et la sorcellerie ! » Tombé dans l’oubli, cet Homme invisible échappant aux canons esthétiques hollywoodiens mérite d’être redécouvert, d’autant que certaines de ses trouvailles visuelles préfigurent les effets spectaculaires de L’Homme sans ombre.

 

© Gilles Penso

 

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