« Ce qui est visible n’est que le reflet de ce qui est invisible. »

(Rabbi Abba)

Partant du principe que ce qui nous effraie le plus est ce qui se soustrait à nos regards, les cinéastes praticiens du fantastique se sont amusés à mettre en scène les réactions de l’homme face à des semblables – souvent mal intentionnés – devenus visuellement insaisissables. Mais moins que l’incrédulité de personnages quotidiens confrontés à l’invisible, le cinéaste s’intéresse surtout aux conséquences psychologiques souvent désastreuses de l’homme soudain masqué aux yeux de tous. Car si ce pouvoir tente tout le monde – qui n’a jamais rêvé d’agir sans être vu ? – il dévore de l’intérieur celui qui en est doté, car il aliène son détenteur et le place en marge du reste de l’humanité. C’est du moins ce que racontent les récits mettant en scène les hommes invisibles.

 

Bien avant que Herbert George Wells ne popularise le thème avec son roman “L’Homme Invisible” en 1897, ce motif était déjà présent dans la mythologie antique, notamment à travers l’histoire du berger Gygès. Découvrant un jour un anneau capable de le faire disparaître du regard d’autrui, le brave homme se pervertit, assassina le roi de Lydie, s’emparant de son trône et de son épouse. Lorsque Frodon découvre un anneau doté des mêmes capacités dans “Le Seigneur des Anneaux” de Tolkien, il sait que son port prolongé finira par altérer sa personnalité. Dans les contes populaires comme dans la littérature fantastique, l’invisibilité est donc vécue davantage comme une malédiction que comme une bénédiction, ce que l’écran perpétuera allègrement.

 

FILMS CHRONIQUÉS

1933: L’Homme Invisible de James Whale

1940: Le Retour de l’Homme Invisible de Joe May

1942: L’Homme Invisible contre la Gestapo d’Edwin L. Marin

1948: Deux nigauds contre Frankenstein de Charles T. Barton
1992: Les Aventures d’un Homme Invisible de John Carpenter

2003: La Ligue des Gentlemen extraordinaires de Stephen Norrington