ROBOWAR (1988)

Une imitation italienne de Predator dans laquelle un commando de gros bras affronte en pleine jungle un robot tueur…

ROBOT DE LA GUERRA

 

1988 – ITALIE

 

Réalisé par Bruno Mattei

 

Avec Reb Brown, Catherine Hickland, Massimo Vanni, Romano Puppo, Claudio Fragasso, Luciano Pigozzi, Max Laurel, Jim Gaines, John P. Dulaney, Mel Davidson

 

THEMA ROBOTS

Roi de l’imitation à petit budget des succès du cinéma de genre, Bruno Mattei mange à tous les râteliers. Quand Zombie fait recette, il tourne Virus cannibale. Pour répondre à New York 1997, il réalise Les Rats de Manhattan. Face au Caligula de Tinto Brass, il signe Caligula et Messaline. L’homme n’a pas froid aux yeux, compensant ses moyens souvent anémiques par les raccourcis les plus divers et opposant au prestige de ses modèles un sens du mauvais goût parfaitement assumé, propre à flatter les instincts les plus primaires de ses spectateurs. Lorsque Predator crève les écrans en 1987, mêlant avec panache le film de commando et la science-fiction, Mattei flaire une nouvelle occasion de s’adonner à son exercice préféré : le plagiat low cost. Voici donc Robowar, variante fauchée du classique de John McTiernan qui pioche aussi son inspiration du côté de Rambo, de Portés disparus, de Terminator et de Robocop. Sous son pseudonyme habituel de Vincent Dawn, le réalisateur tourne aux Philippines avec une escouade de gros bras, émules de Chuck Norris et d’Arnold Schwarzenegger, menés par le très inexpressif Reb Brown que les amateurs connaissent déjà grâce à la version seventies de Captain America et au délirant Yor le chasseur du futur.

Le sculptural Brown incarne ici le major Murphy Black, vétéran de guerre devenu chef d’un commando de durs à cuire surnommé BAM (pour « Big Ass Motherfuckers » !). Leur nouvelle mission les transporte dans une jungle hostile où l’officier Mascher (Mel Davidson) se joint à eux pour déjouer un ennemi inconnu. La grande majorité du métrage est donc constituée de séquences interminables où les acteurs se promènent dans la forêt en simulant un effort extrême et en donnant des coups de machette dans les buissons, le visage tendu et le muscle bandé. Pour chasser la torpeur qui s’installe chez les spectateurs, Mattei nous rappelle qu’il fut le réalisateur de Virus Cannibale en montrant régulièrement d’affreux cadavres en putréfaction jonchant le chemin de nos fiers guerriers. Émules de John Rambo, les héros sauvent une bénévole envoyée par les Nations Unies (Catherine Hickland) puis affrontent des dizaines de guérilleros dans un petit village. Là, les cascades, les explosions et les fusillades se déchaînent, à grands coups de jets de grenade et de tirs de bazookas. Nous avons même droit à une reprise fidèle du célèbre « gag » de Predator : le lancer de couteau dans le corps d’un ennemi suivi d’un mot d’esprit décalé. Au légendaire « Aiguise-moi ça » de Schwarzy, Reb Brown préfère un plus sage « Ne bouge pas » après avoir cloué son ennemi contre une porte.

Rambo contre Robocop

Mais le véritable danger n’apparaît que plus tard, lorsque Mascher avoue l’objet réel de cette mission : faire cesser les activités d’Omega-1, un cyborg surpuissant créé pour intervenir au milieu des guérillas. La machine ayant échappé à tout contrôle, nos musclors ont du fil à retordre. Si ce n’est qu’en guise de monstre mécanique émule de Terminator et de Robocop, nous avons droit à un pauvre acteur qui étouffe dans une combinaison de motard noire avec casque intégral et larges épaulettes. Pour l’anecdote, c’est Claudio Fragasso, le scénariste du film, qui incarne la créature. Sous la chaleur étouffante des Philippines, il s’évanouira plusieurs fois pendant le tournage. Adepte du lancer de couteaux, du tir de rayons laser et même du déploiement furtif d’un tentacule façon docteur Octopus, le cyborg reste l’attraction principale du film, sa vue subjective étant symbolisée par d’horribles images pixellisées. De grands moments d’humour involontaire jalonnent le film, notamment lorsque les membres du commando mitraillent à l’aveuglette en hurlant comme des dératés et vident inutilement leurs chargeurs sur des fougères. Une musique électronique pénible signée Al Festa et une chanson rock parfaitement hors sujet qui surgit au beau milieu du film (« I Trust » vociféré par le groupe Metallo Italia) achèvent de muer Robowar en objet de culte pour tous les amateurs de séries Z de science-fiction.

 

© Gilles Penso


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