SUBMERSION (2025)

À Séoul, une jeune femme et son fils se retrouvent piégés dans un immeuble envahi par les eaux pendant un monstrueux déluge…

DAEHONGSU / THE GREAT FLOOD

 

2025 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Byung-woo Kim

 

Avec Kim Da-mi, Park Hae-soo, Kwon Eun-sung, Yuna, Kim Min-Gwi, Ahn Hyun Ho, Kim Kyu-na, Jung Min-joon, Park Mi-hyeon, Lee Dong-chan, Lee Hak-joo

 

THEMA CATASTROPHES

Lorsqu’il s’attèle au scénario de Submersion, le cinéaste coréen Byung-woo Kim a trois mots en tête : le déluge, l’évolution et la maternité. Auteur du drame Ri-teun, du thriller The Terror Live, du film d’action PCM et du survival fantastique The Prophecy, Kim n’est plus à un défi près. Cette fois-ci, il se met en tête de combiner les codes du cinéma catastrophe avec ceux de la science-fiction, en abordant non seulement le thème de la crise environnementale mais aussi une réflexion sur l’intelligence artificielle et sur la nature humaine. Pour y parvenir, il réinvente l’Arche de Noé à sa manière et s’appuie sur l’imagerie d’un désastre diluvien. « Au cours des catastrophes naturelles, l’eau est parfois qualifiée de “démon aquatique“, mais elle est également source de vie », explique-t-il. « J’ai voulu jouer sur ce double visage. Je me suis également dit que si les émotions humaines pouvaient être exprimées visuellement, elles se matérialiseraient peut-être sous forme d’une vague gigantesque et déferlante. » (1) La pluie cataclysmique et les raz de marée prennent ainsi une tournure symbolique dans Submersion, qui bénéficie d’effets visuels extrêmement ambitieux, de deux têtes d’affiches coréennes de premier plan (Kim Da-mi est l’héroïne du diptyque The Witch, Park Hae-soo est l’un des concurrents de Squid Game) et d’une distribution internationale assurée par la plateforme Netflix.

Récemment veuve suite à un accident de voiture ayant coûté la vie de son époux, An-na (Kim Da-mi) vit avec son fils de six ans Ja-in (Kwon Eun-sung) dans un grand complexe immobilier de trente étages, au cœur de Séoul. Un matin, elle constate que son appartement est inondé. Un coup d’œil à la fenêtre lui permet aussitôt de prendre conscience de l’ampleur du drame : une pluie monstrueuse est en train de s’abattre sur la ville et les eaux montent dangereusement d’étage en étage. Menacée par un gigantesque tsunami, elle essaie de gagner le toit avec son fils, mais les obstacles ne cessent de se dresser sur son chemin. C’est alors qu’un agent de sécurité qu’elle ne connaît pas, Hee-jo (Park Hae-soo), entre en contact avec elle pour la prévenir qu’un hélicoptère l’attend pour pouvoir la transporter ailleurs. An-na est en effet une chercheuse dont les travaux sont manifestement très précieux. Or la catastrophe qui est en train de s’abattre a pris des proportions planétaires et menace l’humanité toute entière…

La dernière vague

Virtuose, acrobatique, truffée de plans-séquence impossibles, la mise en scène de Byung-woo Kim n’est pas ostensible pour autant, dans la mesure où sa caméra reste sans cesse attachée à son héroïne, renforçant le phénomène d’identification et l’implication des spectateurs. La minutie et la fluidité de la réalisation s’effacent ainsi derrière la dramaturgie. Car malgré les proportions apocalyptiques que prend le scénario, le film s’efforce de rester à échelle humaine et de centrer ses enjeux sur cette mère et son enfant. À ce titre, l’implication physique et émotionnelle de Kim Da-mi est impressionnante. C’est elle qui porte une grande partie de l’impact du film sur ses épaules. D’autant que la situation dans laquelle est immergée (au sens propre et figuré) son personnage se révèle riche en dilemmes moraux insolubles, soulevant sans cesse la question de l’altruisme et de la prévalence de l’intérêt général sur l’auto-sauvegarde. « Je suis désolée » n’en finit pas de déplorer An-na en abandonnant derrière elle les gens qu’elle sait condamnés. C’est bien la nature humaine qui est au cœur de tous les enjeux de Submersion, à toutes les échelles. Alors qu’on pouvait s’attendre à un film catastrophe « classique », relatant la révolte de la nature face au dérèglement climatique, l’intrigue prend très vite une dimension science-fictionnelle audacieuse. Un virage qui n’est pas sans risque : le spectateur pourrait refuser d’adhérer à la tournure que prennent les choses, perdre sa suspension d’incrédulité et voir s’effondrer tout l’édifice dramaturgique. Mais ce choix artistique est pleinement assumé par Submersion, qui nous entraîne là où on ne l’attend pas, alignant son ambition visuelle sur celle d’un récit à tiroirs aux implications vertigineuses.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Soompi en novembre 2025

 

© Gilles Penso

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