

Une île perdue, une sauvageonne en peaux de bêtes, un savant fou et un gorille incontrôlable sont au programme de cette comédie délurée…
TARZEENA : JIGGLE IN THE JUNGLE
2008 – USA
Réalisé par Fred Olen Ray
Avec Christine Nguyen, Nicole Sheridan, Alexandre Boisvert, Syren, Evan Stone, Michael Gaglio, Ed Polgardy
THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I SINGES
Grand spécialiste du cinéma de série B, Fred Olen Ray aura consacré une grande partie de sa carrière à produire et réaliser des petites comédies érotiques directement destinées au marché vidéo. « Ces films étaient financés par leur préachat, et je conservais les droits DVD et monde », raconte-t-il. « C’était un business particulièrement juteux. Peut-être le seul genre, à ce moment là, où vous étiez sûr de ne pas perdre d’argent, et même de faire du profit. » (1) Fidèle à ses goûts et à ses habitudes, Ray injecte dans la plupart de ces longs-métrages du fantastique, de l’horreur ou de la science-fiction dès qu’il en a l’occasion, et c’est ainsi qu’est conçu Tarzeena, parodie délirante de Tarzan et de Sheena (comme son titre l’annonce de manière très explicite). « J’ai essayé d’intégrer des éléments de genre dans chacun de ces films pour m’amuser, mais aussi parce que c’était bien plus lucratif pour le marché DVD », poursuit-il. « Je me suis beaucoup amusé à les faire dans un premier temps, puis au bout d’une quarantaine d’entre eux je me suis contenté de les produire. Il s’agissait de petits métrages tournés rapidement, à moindre coût, sans aucune pression. » (2) Cette légèreté transparaît pleinement dans Tarzeena, comme le démontre le petit bêtisier qui fait office d’épilogue, reflet d’une atmosphère de tournage détendue et rigolarde.


La plantureuse Mandy (Nicole Sheridan) vient d’hériter de la fortune de son vieil oncle Milton. Avant de pouvoir toucher la somme colossale qui lui revient, elle doit retrouver le fils et la petite-fille de Milton, qui ont disparu il y a vingt ans sur l’île de Kong. Elle s’y rend donc à contrecœur en compagnie de son petit ami Ted (Alexandre Boisvert) et de l’exécuteur testamentaire Jed Slater (Ed Polgardy). Avec leur guide macho Jack Carver (Evan Stone), ils apprennent que le fils de Milton s’est crashé en avion dans la jungle et que sa petite-fille a survécu pour devenir la sauvageonne Tarzeena (Christine Nguyen). Pendant ce temps, dans son laboratoire secret, le maléfique docteur Mortimer (Michael Gaglio) mène d’inquiétantes expériences qui consistent à contrôler le cerveau des animaux de la jungle avec un microprocesseur de son invention. Après avoir ainsi lavé le cerveau de Tabonga, le fidèle gorille de Tarzeena, il décide de capturer la jeune femme elle-même pour en faire son esclave servile…
(Bienve)nue dans la jungle
Les premières minutes du film valorisent le double caractère érotique et exotique de l’entreprise : Tarzeena se baigne nue sous les cascades face au regard apathique d’hippopotames, de chameaux, de girafes, bref de toute une ménagerie insérée artificiellement dans le montage. Bien décidé à doter son film d’une coloration « pulp », Fred Olen Ray truffe ainsi son film de stock-shots animaliers et ne recule devant aucun excès : une plante carnivore en image de synthèse, des maquettes en perspectives forcées pour simuler un avion crashé ou un hélicoptère, un chaton qui rugit comme un lion, un acteur déguisé en gorille gesticulant, un savant fou aux intentions floues… Nous ne sommes pas loin du cinéma d’Ed Wood, quelque part à mi-chemin entre La Fiancée du monstre et La Fiancée de la jungle, mais avec une fort secourable couche de second degré parodique. D’où cette séquence absurde presque digne des ZAZ dans laquelle s’enchaînent tous les moyens de transports possibles et imaginables (avions, hélicoptères, voitures, bateaux, tramways, navettes spatiales, téléphériques) pour symboliser le voyage de nos héros vers l’île de Kong. Bien sûr, le quota de séquences de jambes en l’air est allègrement respecté, mais le film a le bon goût de ne jamais se prendre au sérieux, y compris au moment de son épilogue délicieusement cynique et amoral.
(1) et (2) Propos extraits du livre Fred Olen Ray : il était une fois à Hollywood de Damien Granger (2023).
© Gilles Penso
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