

Alors qu’une série de meurtres sordides frappe les étudiantes d’une école londonienne, un professeur décide de mener l’enquête…
COSA AVETE FATTO A SOLANGE ?
1972 – ITALIE / ALLEMAGNE
Réalisé par Massimo Dallamano
Avec Fabio Testi, Karin Baal, Cristina Galbo, Joachim Fluchsberger, Günter Stoll, Claudia Butenuth, Camille Keaton, Maria Monti, Giancarlo Badessi, Pilar Castel
THEMA TUEURS
Prestigieux directeur de la photographie à l’œuvre en Italie depuis le milieu des années 40 (Tarass Boulba, Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus) Massimo Dallamano signa lui-même la mise en scène de plusieurs films de genre, notamment une version sulfureuse de Dorian Gray avec Helmut Berger. Avec Mais qu’avez-vous fait à Solange ?, il se lance dans une coproduction entre l’Allemagne et l’Italie dont le tournage se déroule à Londres. Le scénario d’inspire vaguement d’un roman d’Edgar Wallace, The Clue of the New Pin, ce qui pousse les distributeurs allemands à axer leur campagne marketing autour du nom du célèbre écrivain, d’autant que deux acteurs présents au casting de Mais qu’avez-vous fait à Solange ?, Joachim Fuchsberger et Karin Baal, avaient déjà joué dans plusieurs adaptations des écrits de Wallace. Au générique du film, les amateurs reconnaîtront au moins deux noms importants : le compositeur Ennio Morricone – qui fréquente alors assidument les giallo italiens (L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues, Le Venin de la peur, La Tarentule au ventre noir, Je suis vivant !, Quatre mouches de velours gris) – et le directeur de la photographie Joe d’Amato, futur réalisateur de Blue Holocaust et Anthropophagous qui signe ici sous son vrai nom Aristide Massaccesi.


Nous sommes à Londres. Enrico Rosseni (Fabio Testi), professeur d’Italien dans l’université catholique pour jeunes filles Sainte Marie, est marié avec sa collègue allemande Herta (Karin Baal), ce qui ne l’empêche pas de flirter en douce avec Elizabeth (Cristina Galbo), l’une de ses étudiantes. Alors que les amants s’enlacent tendrement dans une barque qui glisse paresseusement sur la Tamise, Elizabeth pousse soudain un cri : il lui semble avoir vu près du rivage une jeune femme en fuite et un agresseur armé d’un couteau. Cet incident coupe cours aux velléités amoureuses d’Enrico. Lorsque celui-ci retrouve son épouse, avec laquelle la relation n’est manifestement pas au beau fixe, c’est pour apprendre par la radio qu’un meurtre a bel et bien eu lieu au bord de la Tamise et que la victime est une étudiante de Sainte Marie. Dès lors, Elizabeth est prise de cauchemars récurrents dans lesquels elle revoit l’agression, tandis que les meurtres du même acabit s’enchaînent. Scotland Yard est sur les dents, l’étau se resserre et les soupçons finissent par se porter sur Enrico lui-même. En menant l’enquête de son côté, il découvre que cette série d’assassinats sordides est lié à une mystérieuse jeune fille prénommée Solange…
Sex Crimes
L’entame du film développe un thème cher aux premiers giallos de Dario Argento : le témoin d’un acte criminel à qui il manque un élément pour comprendre ce qu’il a vraiment vu. Pour autant, Massimo Dallamano ne cherche pas à styliser sa mise en scène comme le fait son éminent confrère. Son approche se veut plus crue, plus réaliste, moins expérimentale. Ce refus du baroque et de l’excès graphique n’empêche pas le cinéaste de recourir à plusieurs astuces de montage, comme les cris d’une victime qui s’enchaînent avec ceux d’Elizabeth au sortir d’un cauchemar. Plus troublant encore : cette séquence où l’étudiante fait l’amour à Enrico dans sa garçonnière, musique langoureuse de Morricone à l’appui, et dans laquelle s’insèrent des plans très brefs de la première agression. Or les meurtres ont tous ici un caractère sexuel, puisqu’un grand couteau acéré est systématiquement enfoncé entre les jambes des trépassées. Cette idée scénaristique peut sembler provocatrice, voire racoleuse, mais elle est en réalité justifiée par une révélation finale glaçante qui permet de comprendre pleinement les motivations de l’assassin et de structurer avec cohérence l’enquête policière – une qualité pas si fréquente dans l’univers du giallo, souvent plus propice à la poésie macabre qu’au réalisme. Dans le rôle de l’étrange Solange, les spectateurs reconnaîtront la débutante Camille Keaton, future héroïne du mythique I Spit on Your Grave.
© Gilles Penso
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