HISTOIRES DE CANNIBALES (1980)

Un agent secret poursuit un voleur jusque dans un petit village où les habitants se livrent à des rituels anthropophages pour pouvoir se nourrir…

DEI YUK MO MOON

 

1980 – HONG-KONG

 

Réalisé par Tsui Hark

 

Avec Norman Chu, Eddy Ko, Melvin Wong, Michelle Yin, Mo-lin Cheug, Fung Fung, Kwok-Choi Hon, San Kuai, Tai-Bo, Chun-Hua Li, Siu-Ming To, Yun-Sheng Pan

 

THEMA CANNIBALES

Après son premier long-métrage Butterfly Murders, qui s’efforçait de dépoussiérer les films de cape et d’épée chinois en les agrémentant d’un grain de folie rafraîchissant, Tsui Hark enchaîne avec Histoires de cannibales dont le titre français tardif cherche manifestement à capitaliser sur celui de Histoires de fantômes chinois. Le titre original, lui, pourrait se traduire par « L’Enfer n’a pas de porte », alors que sur le marché international, il est connu sous le nom We’re Going to Eat You (« Nous allons vous manger »). Si Histoires de cannibales est contemporain de la vague de films d’horreur italiens consacrés aux exactions anthropophages de tribus primitives (Cannibal Holocaust et Mondo Cannibale sont sortis la même année), Hark ne combat clairement pas dans la même catégorie. Ce récit rocambolesque privilégie en effet les combats de kung-fu et l’humour, avec en filigrane une critique acerbe de la société hong-kongaise. Faute d’un budget suffisant, le jeune réalisateur doit faire de nombreuses concessions, et notamment se passer d’une bande originale digne de ce nom. Entre autres emprunts, plusieurs extraits percussifs de la musique composée par Goblin pour Suspiria agrémentent ainsi le film.

Dans un petit village isolé qui vit en autarcie, les habitants capturent régulièrement les visiteurs pour les manger. Le chef du village (Eddy Ko) a en effet instauré un rituel cannibale qui permet de palier aux problèmes de nutrition. Mais la répartition des morceaux de viande humaine est loin d’être équitable. Le dirigeant autoritaire et ses soldats se réservent en effet les parts les plus importantes, laissant les villageois se contenter des maigres restes. Alors que le mécontentement commence à gronder, un étranger débarque en se jetant sans le savoir dans la gueule du loup. Il s’agit de l’agent secret 999 (Norman Chu), dont la mission est d’appréhender un voleur nommé Rolex (Melvin Wong). Or ses informations l’ont guidé jusque chez les cannibales, qui s’apprêtent à ne faire de lui qu’une bouchée. Il lui faudra toutes ses facultés de combattant, sa rapidité, sa force et son agilité pour échapper aux couteaux des bouchers masqués qui l’assaillent bientôt de toutes parts…

Cannibalement vôtre

Malgré son entrée en matière franchement gratinée – un homme capturé par les cannibales est attaché sur une table et lentement coupé en deux par une grande scie, avec force hurlements et écoulements de flaques de sang – et ses réguliers écarts gore (mains tranchées en gros plans, machettes plantées dans des crânes, peau découpée au couteau, écartèlement), Histoires de cannibales est beaucoup plus axé sur la comédie que sur l’horreur. Au confluent des genres, le film de Tsui Hark s’aventure aussi sur le terrain de l’espionnage, de l’action, des arts martiaux et même de la satire sociale, mais sans jamais oublier sa tonalité humoristique première. Car ici, tout est tourné en dérision. Les nombreuses scènes de combat sont truffées d’effets burlesques dignes d’un cartoon et les acteurs n’hésitent jamais à en faire des tonnes, quitte à laisser traîner en longueur des passages un peu poussifs – les gags de la prostituée ou de l’aveugle, notamment. Au milieu de ce délire ambiant se promène la silhouette nonchalante de l’agent 999, qui adopte le look archétypal du détective privé : grand manteau, feutre mou sur le crâne et cigarette à la bouche. Tout s’achève sur une chute savoureusement ironique. Rétrospectivement, Tsui Hark posera un regard assez critique sur ce film, qu’il qualifiera d’« œuvre de jeunesse imparfaite ». Il aura largement l’occasion d’affiner ses effets de style et son univers avec ses œuvres suivantes, et ce dès le thriller L’Enfer des armes et le conte virevoltant Zu, les guerriers de la montagne magique.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article