LE SADIQUE BARON VON KLAUS (1962)

Dans un petit village suisse, les assassinats de plusieurs jeunes femmes semblent liés à une malédiction ancestrale…

LA MANO DE UN HOMBRE MUERTO

 

1962 – ESPAGNE

 

Réalisé par Jess Franco

 

Avec Ana Castor, Howard Vernon, Paula Martel, Georges Rollin, Hugo Blanco, Gogo Rojo, Manuel Alexandre, José Carlos Arévalo, Fernando Delgado

 

THEMA TUEURS

Tourné un an après L’Horrible docteur Orloff et directement motivé par son succès, Le Sadique Baron Von Klaus s’inspire du roman La Main d’un homme mort, que Jess Franco écrivit sous le pseudonyme de David Khune, mais qui ne fut jamais publié. Si cette histoire horrifique, largement influencée par les récits du Marquis de Sade, se déroule en Suisse, dans le même village imaginaire qu’Orloff, le tournage a lieu principalement en Espagne, avec quelques inserts très visibles captés dans la ville de Versailles. Le film aura maille à partir avec la censure, notamment en raison d’une séquence mémorable où une jeune femme entièrement nue (incarnée par l’actrice argentine Gogo Rojos) est enfermée dans une cave secrète et marquée au fer rouge par le grand méchant de l’histoire. Cette scène volontairement racoleuse apparaît sur plusieurs photos publicitaires de l’époque, mais a été coupée dans la quasi-totalité des copies du film, même si certaines éditions collector récentes l’ont réintégrée. En dehors de ce passage choc, les crimes sanglants du Sadique Baron Von Klaus sont le plus souvent suggérés, baignés dans une atmosphère trouble que Jess Franco installe dès le générique d’ouverture, centré sur le jeu exalté d’un pianiste auquel le compositeur Daniel White prête ses mains.

Dans le village de Holfen, plusieurs jeunes femmes sont retrouvées poignardées à mort par ce qui s’avère être un poignard ancien à la lame recourbée et rouillée. Les habitants, superstitieux, sont persuadés que ces meurtres sont l’accomplissement d’une malédiction lancée sur eux au XVIIe siècle par le baron Von Klaus, un libertin sadique qui assassina de nombreuses victimes féminines avant de mourir dans les marais entourant son château. Depuis, on raconte que l’esprit du baron continue de vivre à travers ses descendants masculins. Mais le baron actuel, Max (Howard Vernon), a un alibi, et son neveu Ludwig (Hugo Blanco) n’arrive en ville que le lendemain du dernier meurtre, accompagné de sa fiancée. Arrivé à temps pour parler à sa mère malade avant sa mort, Ludwig se voit confier la clé du donjon de torture de son ancêtre. On le supplie de mettre fin à la malédiction familiale en s’y rendant, en le détruisant et en quittant le château pour ne plus jamais y revenir. Il accepte, mais aura-t-il la volonté nécessaire pour résister à l’attrait de son horrible héritage ?

Dans les pas d’Orloff

Tout l’arsenal du cinéma gothique est convoqué dans Le Sadique Baron Von Klaus : ombres portées menaçantes, jeune femme en nuisette effrayée la nuit dans une vieille maison pleine de grincements, cave renfermant un lourd secret, chandeliers, pendules qui tictaquent, cimetière nocturne embrumé, villageois armés de torches… À la croisée des films de monstres d’Universal, des contes macabres italiens et du giallo (encore à ses balbutiements), cette œuvrette très soignée bénéficie d’une somptueuse photographie en noir et blanc au format Cinemascope, signée Godofredo Pacheco, déjà chef opérateur de L’Horrible docteur Orloff. Autre point commun entre les deux films : la présence d’Howard Vernon, acteur fétiche de Franco, dont le regard halluciné contribue largement à l’ambiance étrange du film. Le caractère insolite du Sadique Baron Von Klaus tient aussi à sa bande originale, qui mêle avec éclectisme les sonorités expérimentales, le jazz, la musette et les sonates. Pour alléger quelque peu la tonalité pesante de l’ensemble, Franco y injecte une touche d’humour, notamment à travers les chamailleries entre l’inspecteur de police et le journaliste qui mènent l’enquête au coude à coude. C’est sur une note excessivement mélodramatique que s’achève ce petit film d’horreur très recommandable, qui constitue avec L’Horrible docteur Orloff un très intéressant diptyque.

 

© Gilles Penso

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