

Didier Bourdon, John Hurt, Daniel Prévost et David Warner s’entrecroisent dans ce conte surréaliste et passablement confus…
L’ŒIL QUI MENT
1992 – FRANCE / CHILI / PORTUGAL
Réalisé par Raul Ruiz
Avec John Hurt, Didier Bourdon, Lorraine Evanoff, David Warner, Daniel Prévost, Myriem Roussel, Felipe Dias, Rosa Castro André, Maria João Reis, Adriana Novais
THEMA POUVOIRS PARANORMAUX
Réalisateur chilien exilé à Paris depuis 1973, Raúl Ruiz est l’un des cinéastes les plus inventifs et les plus singuliers de sa génération. Prolifique et inclassable, il a signé plus de cent films, explorant la mémoire, le temps et le rêve avec un style inimitable s’affranchissant volontairement de toute logique. Lorsqu’il s’attaque à L’Œil qui ment, Ruiz bénéficie pour la première fois d’un budget conséquent et d’une distribution internationale digne de ce nom. Il peut donc y déployer à loisir ses motifs habituels – apparitions, doubles, univers parallèles – dans un cadre luxueux et expansif, enrichi par de nombreux effets visuels derniers cris. Ça tombe bien : les technologies numériques viennent justement de se déployer chez les compagnies d’effets spéciaux françaises, comme le prouvera dans la foulée le foisonnement visuel des Visiteurs par exemple. Pour les décors naturels de son film, Ruiz opte pour les paysages d’Alentejo, au Portugal. Quant au casting, il reflète à merveille le caractère parfaitement surréaliste du projet. Réunir sur la même affiche des acteurs aussi disparates que Didier Bourdon, John Hurt, Daniel Prévost ou David Warner, il fallait y penser !


L’histoire se situe à la fin de la Première Guerre mondiale. Félicien (Bourdon), médecin-chercheur à Paris spécialisé dans les guérisons inexpliquées, hérite de la fortune familiale investie dans un village isolé d’Alentejo. Là, son rationalisme est mis à rude épreuve, dans la mesure où les miracles, les apparitions et les énigmes surnaturelles se bousculent quotidiennement. Les habitants sont possédés par l’art, les livres, les histoires fantastiques et les images religieuses. Le film enchaîne alors des vignettes constellées d’étrangeté : un cimetière de béquilles où des milliers de personnes auraient été guéries, des villageois zombifiés, une Sainte Vierge qui imite tout ce qu’elle voit, des œuvres d’art vivantes, un homme flottant en laisse, des expériences mêlant réincarnation et sexualité, un médecin étudiant la personnalité dissociée d’un Marquis (John Hurt)… Ruiz transforme ainsi le village en théâtre fantastique, où le merveilleux et le grotesque cohabitent, renforcés par la musique hypnotique de Jorge Arriagada.
Une fable hermétique
Plus déconcertant que fascinant, L’Œil qui ment nous laisse bien souvent sur le bas-côté, nous confinant au rôle de témoins distraits d’un spectacle parfaitement incompréhensible. Certes, les scènes de comédie qui mettent en scène Bourdon ou Prévost, voire les deux ensemble, permettent aux spectateurs de se raccrocher à quelque chose de familier et à actionner leurs zygomatiques. Le passage où l’ancien Inconnu note méthodiquement dans son cahier qu’un doigt géant en marbre vient de traverser le plafond est l’un de ces moments absurdement hilarants. Les apparitions récurrentes de vierges dans le ciel prennent quant à elle la tournure de gags à répétition Mais le film reste avant tout une fable hermétique : échanges d’identités, lettres qui se mélangent, univers parallèles qui communiquent, morts qui ressuscitent… A l’image de ce déferlement d’idées aléatoires, les scènes avec John Hurt ou David Warner, volontairement énigmatiques, évoquent certaines constructions quasi-oniriques des films de Peter Greenaway. Intriguant, amusant mais surtout confus, L’Œil qui ment a le mérite de pouvoir servir d’introduction à l’œuvre de Ruiz, pour ceux qui ne seraient pas familiers avec son univers. Pour son exploitation internationale, le film a été rebaptisé Dark at Noon, autrement dit « Sombre à midi ».
© Gilles Penso
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