REDUX REDUX (2025)

Une femme voyage d’un univers parallèle à l’autre pour assassiner interminablement l’homme qui a provoqué la mort de sa fille…

REDUX REDUX

 

2025 – USA

 

Réalisé par Kevin McManus et Matthew McManus

 

Avec Michaela McManus, Stella Marcus, Jeremy Holm, Jim Cummings, Taylor Misiak, Dendrie Taylor, Bridge Stuart, Raphael Chrstang, Debra Christofferson

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Avec leur goût pour les films à concept et les atmosphères troubles, Kevin et Matthew McManus se sont imposés en quelques films comme des artisans singuliers du cinéma de genre indépendant américain. Leur parcours professionnel en tandem commence en 2012 avec Funeral Kings, chronique adolescente déjà teintée d’une certaine noirceur. Près d’une décennie plus tard, après un passage sur la série Cobra Kaï en tant que scénaristes et producteurs consultants, ils attirent l’attention des fans de fantastique avec The Block Island Sound (2021), un thriller à la lisière des univers lovecraftiens. Avec Redux Redux, le duo confirme son attirance pour les récits labyrinthiques et les dispositifs narratifs atypiques. S’il s’agit de leur troisième collaboration avec leur sœur, l’actrice Michaela McManus, celle-ci occupe ici pour la première fois le haut de l’affiche. Redux Redux accompagne aussi la naissance de la nouvelle compagnie des frères McManus, Mothership Motion Pictures. Produit aux côtés de Michael J. McGarry, Nate Cormier et PJ McCabe, ce troisième long-métrage affirme ouvertement chez les duettistes une volonté d’indépendance accrue.

Redux Redux raconte l’histoire tourmentée d’Irene Kelly (Michaela McManus), une femme dont la fille Anna a été assassinée par le cuisinier d’un snack, Neville (Jeremy Holm). Rongée par le chagrin, dévorée par la culpabilité et mue par des soudaines envies de meurtre, elle parvient à retrouver le coupable et à le tuer. Mais cette vengeance ne lui suffit pas. Il lui faut répéter ce geste indéfiniment. Pour y parvenir, elle fait l’acquisition d’une machine permettant de voyager d’un univers à l’autre, parcourt divers mondes parallèles et tue l’une après l’autre toutes les incarnations de Neville qu’elle rencontre. Cette routine macabre se grippe lorsqu’Irene rencontre dans l’un de ces univers Mia (Stella Marcus), une adolescente en fugue que Neville compte tuer. Elle la libère et lui sauve la vie, mais la jeune fille veut désormais l’accompagner pour se venger elle aussi de celui qui a failli l’assassiner. Irene est-elle prête à embarquer dans cette croisade sanglante cette adolescente qui lui rappelle tant sa défunte fille ?

The Multiverse of Sadness

Même s’il évoque plusieurs récits de boucles temporelles dont il reprend une partie de la mécanique (on pense à Rétroaction, Source Code ou 12 :01), le postulat de Redux Redux a ceci d’original qu’il ne fait pas voyager sa protagoniste dans le temps mais dans des dimensions alternatives. De fait, même si les situations se répètent et même si Irene finit par connaître moult détails sur les gens qu’elle y rencontre (l’assassin, la serveuse, l’endeuillé avec lequel se noue une idylle), les enjeux ne sont pas les mêmes. C’est volontairement que l’héroïne de Redux Redux décide de revivre sans cesse les mêmes tranches de vie, afin d’assouvir un besoin d’auto-justice qu’elle sait insatiable et désespéré. Le prisme de la science-fiction permet ainsi aux frères McManus d’aborder sans détours les thèmes du deuil et de la déshumanisation. Car Irene frôle un dangereux point de non-retour au-delà duquel elle se transformera elle aussi en monstre. Poussant leur concept jusqu’au bout, les réalisateurs se montrent volontairement chiches en explications techniques (la machine à explorer les multiverses est là, et il nous faut l’accepter sans se poser de question) sans se réfréner en revanche sur les séquences de suspense, d’action, de poursuites et de fusillades explosives. La force du film repose donc beaucoup sur la solidité de sa mise en scène mais aussi sur l’interprétation impeccable de Michaela McManus, dont la dureté et la froideur apparentes laissent affleurer de nombreuses fêlures. Passionnant, palpitant et regorgeant de surprises, Redux Redux marque une étape importante dans la filmographie des co-cinéastes, qu’il faudra sans doute continuer à suivre de près.

 

© Gilles Penso

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