

Les réalisateurs de La Petite sirène, Aladdin et Hercule nous transportent sur une île du Pacifique pour conter la quête d’une « anti-princesse Disney »…
MOANA
2016 – USA
Réalisé par Ron Clements, Don Hall et John Musker
Avec les voix de Auli’i Cravalho, Dwayne Johnson, Rachel House, Temuera Morrison, Jemaine Clement, Nicole Scherzinger, Alan Tudyk, Oscar Kightley
THEMA CONTES
Motivés par la seine rivalité qui s’est établie au milieu des années 2010 entre Disney et Pixar, deux vétérans du studio, John Musker et Ron Clements (La Petite Sirène, Aladdin, Hercule), se lancent dans un projet profondément personnel. Après l’abandon d’une adaptation du Disque-monde de Terry Pratchett, les duettistes décident de revenir à une idée originale, puisant dans les mythes polynésiens qui fascinent Musker depuis l’enfance. La découverte de l’histoire du demi-dieu Maui agit comme un déclic. Mais pour éviter toute vision caricaturale, les deux réalisateurs se lancent d’abord dans une étude approfondie sur le terrain. Leur voyage aux Fidji, à Tahiti et aux Samoa va se révéler crucial. Ils y appréhendent l’océan comme élément de la culture locale et lien entre les peuples. Ce sera le moteur de leur récit. Le projet s’enrichit avec l’arrivée du cinéaste néo-zélandais Taika Waititi au scénario, tandis que le rôle vocal de Maui est confié à Dwayne Johnson et celui de l’héroïne à la jeune révélation Auliʻi Cravalho. Techniquement, le film marque un tournant dans la mesure où Musker et Clements, jusqu’alors habitués à la 2D, adoptent ici l’image de synthèse en 3D. Ce médium désormais incontournable pour les longs-métrages d’animation Disney leur permettra de donner à l’océan toute la profondeur et le volume nécessaires. Après tout, n’est-ce pas l’un des personnages principaux du film ? Quelques touches traditionnelles subsisteront, notamment pour l’animation des tatouages de Maui.


Nous voilà transportés sur une île luxuriante du Pacifique. La jeune Vaiana y grandit entre deux voies contradictoires : celle de son peuple, qui l’encourage à devenir cheffe, et celle de l’océan, qui semble la choisir pour une destinée bien plus vaste. Depuis des générations, les habitants vivent repliés sur ce territoire insulaire, ignorant les traditions de navigation de leurs ancêtres. Mais lorsque la nature commence à dépérir (les récoltes échouent, les poissons disparaissent), Vaiana comprend qu’un déséquilibre plus profond menace le monde. Guidée par le Grand Bleu lui-même, elle quitte alors son île pour retrouver Maui, demi-dieu autrefois glorieux mais désormais déchu. Celui-ci a volé le cœur de Te Fiti, une entité créatrice, provoquant la propagation d’une malédiction qui consume les terres. D’abord réticent et égocentrique, Maui accepte d’aider Vaiana à contrecœur, espérant récupérer son hameçon magique et retrouver sa puissance. Leur voyage va dès lors les confronter à des créatures mythologiques, des tempêtes déchaînées et leurs propres failles…
L’appel de la nature
Le film s’éloigne donc du schéma romantique traditionnel hérité des « classiques » Disney pour proposer une héroïne autonome, dont la quête est avant tout identitaire. Vaiana n’est pas définie par une relation amoureuse, mais par son lien avec son peuple et avec la nature. Au fil de ce voyage initiatique, elle comprendra que son véritable défi n’est pas de vaincre un monstre mais de restaurer un équilibre brisé, d’embrasser pleinement son identité et de réconcilier son peuple avec son héritage maritime. Plusieurs séquences fortes rythment l’aventure, comme la première traversée en solitaire de Vaiana, la découverte du royaume des monstres ou encore l’affrontement final avec Te Kā. On peut certes reprocher au film une certaine simplicité dans sa narration, accompagné par son lot réglementaire de chansons, mais cette relative prévisibilité est compensée par la richesse culturelle du récit. La sincérité manifeste du propos permet quant à elle d’opposer des arguments de poids aux esprits chagrins qui seront prompts à accuser Clements et Musker de réappropriation culturelle. Bref, Vaiana aurait tendance à s’inscrire parmi les belles réussites de l’ère digitale du studio Disney, dans la foulée du triomphe de La Reine des neiges. Une suite incontournable et un remake live inévitable seront d’ailleurs produits dans la foulée, pour capitaliser au mieux sur son succès et sa popularité.
© Gilles Penso
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