

Deux anti-héros s’improvisent spécialistes de la chasse aux monstres et partent en quête du redoutable « Bouffe Monde »…
CHASSEURS DE DRAGONS
2008 – FRANCE
Réalisé par Guillaume Ivernel et Arthur Qwak
Avec les voix de Vincent Lindon, Patrick Timsit, Philippe Nahon, Amanda Lear, Marie Drion, Jérémy Prévost, Jean-Marc Lentretien
THEMA DRAGONS
C’est le réalisateur Arthur Qwak qui est à l’origine du concept de Chasseurs de dragons. De son idée initiale ont déjà été tirées deux séries télévisées, produites par Futurikon et diffusées sur France 3, ainsi qu’une bande dessinée. Le long-métrage 3D s’est développé parallèlement. Chasseurs de dragons est donc un concept susceptible de s’adapter à différents supports, possédant chacun leur identité propre. Car Qwak n’a imposé aucune charte graphique, afin que chaque intervenant puisse s’approprier cet univers. Trois éléments cependant restent communs aux séries, à la bande dessinée et au film : les personnages, les mondes volants dans lesquels ils évoluent et un ton décalé à mi-chemin entre plusieurs sources d’inspiration. « Le ton est à la fois de la comédie et de l’action/aventure », nous raconte Qwak. « La série est plus axée sur la comédie et le film sur l’aventure. Pour en définir le ton, nous avons coutume de dire qu’il s’agit un peu de Tex Avery chez Le Seigneur des Anneaux ! » (1) Les autres références composites de cet univers sont Bandits Bandits et Les Dents de la mer. Œuvre commune d’Arthur Qwak et de Frédéric Lenoir, le scénario du long a servi de base à un important travail de création graphique, l’illustratrice Valérie Hadida étant chargée de dessiner les personnage et Guillaume Ivernel prenant en charge la création des décors. « La production s’est étalée sur deux années et demie, sans compter toutes les étapes préparatoires », explique Ivernel, co-réalisateur du film avec Qwak. « Quant au budget, il a été établi à dix millions d’euros. » (2)


Le film se déroule avant les péripéties racontées dans la série, prenant donc des allures de prequel. Un vent d’automne balaie le château du seigneur Arnold, rongé par l’inquiétude. Le « Bouffe Monde », dragon dévastateur qui revient tous les trente cycles, approche à nouveau, et aucun des chevaliers envoyés à sa poursuite n’est revenu victorieux. Face à l’échec et au désespoir, le vieux seigneur refuse d’entendre les idées de Zoé, sa jeune nièce, convaincu que cette quête n’est pas faite pour une enfant. Mais Zoé n’abandonne pas. Bien décidée à trouver le héros dont parlent les contes, elle s’enfuit du château et part seule à l’aventure. Son chemin croise alors celui de Gwizdo et Lian Chu, deux chasseurs de dragons aussi maladroits qu’opportunistes, survivant péniblement en éliminant des créatures sans envergure. Rien à voir avec les héros légendaires… sauf dans l’imagination de Zoé. Lorsqu’elle les prend pour de valeureux sauveurs, Gwizdo saisit immédiatement l’occasion et entretient la méprise, flairant une récompense à la clé. Accompagnés de leur étrange chien bleu, Hector, le trio improbable se lance alors dans une quête périlleuse…
Le beau parleur, le colosse et la fillette
Avec Chasseurs de dragons, Guillaume Ivernel et Arthur Qwak signent ouvertement un film à contre-courant des standards formatés, préférant l’étrangeté poétique à la perfection lisse de la 3D dernier cri. Dès les premières minutes, le spectateur est plongé dans un univers fragmenté, fait d’îlots suspendus et de mondes en équilibre instable. L’histoire s’appuie certes sur un fil narratif très classique – une quête pour terrasser un dragon mythique – et s’articule autour d’une structure familière. Pourtant, Chasseurs de dragon nous surprend sans cesse, ne serait-ce que par l’entremise de ses protagonistes atypiques. Le duo formé par Gwizdo, beau parleur opportuniste, et Lian-Chu, colosse taciturne, fonctionne immédiatement, porté par une dynamique de « buddy movie » bien huilée. À leurs côtés, la jeune Zoé incarne une foi naïve mais tenace, teintant l’aventure d’une tonalité presque mélancolique. Car derrière l’humour et les situations burlesques, le film aborde des thèmes plus sombres, comme la désillusion, la peur de ne pas être à la hauteur ou encore le poids du passé. La surprise vient aussi – et surtout – des audaces visuelles du film. L’animation ne cherche pas ici à imiter le réalisme, tendance développée par les progrès constants des images de synthèse, mais surtout à créer une identité picturale forte. Les créatures qui peuplent cet univers – dragons électriques, nuées monstrueuses ou entités hybrides – témoignent d’une inventivité constante et d’un grain de folie qu’on retrouvera – sous une forme très différente – dans le Dragons de Dreamworks. Sous ses airs de conte pour enfants, Chasseurs de dragons s’avère finalement être une œuvre plus nuancée qu’il n’y paraît, portée par une direction artistique singulière et un vrai sens du récit.
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en août 2007
© Gilles Penso
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