

Pendant un interrogatoire dans un commissariat de police, une entité diabolique prend possession d’un psychiatre et altère son comportement…
LUZ
2018 – ALLEMAGNE
Réalisé par Tilman Singer
Avec Luana Velis, Jan Bluthardt, Johannes Benecke, Kate Dervishi, Lilli Lorenz, Julia Riedler, Nadja Stübiger, Keshav Purushotham, Reinhardt Singer
THEMA DIABLE ET DÉMONS
Né en 1988 à Leipzig, Tilman Singer a d’abord réalisé deux courts-métrages, The Events at Mr Yamamoto’s Alpine Residence et El Fin del Mundo, avant de se lancer dans son premier long, Luz. Il s’agit initialement d’un projet de fin d’études qui s’est transformé en film beaucoup plus ambitieux. « A Cologne, il existe un programme d’aide au financement pour ce type de projet », nous explique Singer. « Mais vendre un film d’horreur à telle une institution n’est pas simple. J’ai donc monté une bande démo avec des extraits de mes courts-métrages, je leur ai demandé de me faire confiance et j’ai obtenu 20 000 euros. Pour l’industrie du cinéma, cette somme peut sembler dérisoire. Mais pour des étudiants, c’est le rêve ! C’est exactement ce dont nous avions besoin pour financer le matériel, les décors, etc… Personne n’a été payé sur ce film. » (1) Le jeune cinéaste sollicite donc les piliers artistiques de ses courts précédents, autrement dit le compositeur Simon Waskow, le chef décorateur Dario Mendez Acosta et le directeur de la photographie Paul Faltz. « J’ai commencé à me documenter sur le métier des artistes qui réalisent des portraits robot pour la police, persuadé que c’était la clef du scénario de ce nouveau film », raconte Singer. « Mais je n’arrivais à en tirer rien de très intéressant. Je me suis alors penché sur les techniques d’interrogatoire et j’ai découvert comment l’hypnose pouvait être utilisée dans des cas très spécifiques. » (2)


En tournant un peu autour de cette idée, une séquence lui apparaît : on y voit une personne questionnée sur ses faits et gestes passés, qui se met à entrer dans une sorte de transe. Mais au lieu d’utiliser des flash-backs traditionnels symbolisant ses retours à la mémoire, le film la montrerait reproduire ses gestes dans la salle d’interrogatoire, comme si l’environnement autour d’elle se modifiait. C’est à partir de cette idée que se construit le scénario de Luz. Le film commence par une nuit pluvieuse et montre une jeune chauffeuse de taxi étourdie et engourdie qui se traîne dans l’entrée d’un commissariat de police. Nous ne savons rien d’elle, pas encore… Pendant ce temps, dans un bar, le docteur Rossini, psychiatre de la police, est abordé par une femme mystérieuse qui lui parle de son ancienne camarade d’école, Luz. Il s’agit justement de la jeune femme hagarde qui traîne dans le commissariat. Troublante, la situation vire au cauchemar lorsqu’une entité diabolique s’empare du docteur Rossini et altère son comportement…
Sous hypnose
Transcendant son budget ridicule, Tilman Singer aborde ainsi le sujet de la possession démoniaque sous un angle singulier, plus sensoriel que surnaturel. En soignant tout particulièrement son montage et sa bande son, le cinéaste noue un drame oppressant s’appuyant sur une unité de lieu, de temps et d’action. La narration est serrée (1h10 à peine), et l’exercice de style s’avère fascinant, mêlant les phénomènes surnaturels et les méthodes scientifiques pour abolir les barrières délimitant l’espace et le temps. Bien sûr, il nous faut accepter l’idée de l’emploi de l’hypnose pour obtenir des aveux, ce qui peut sembler douteux si l’on considère le caractère très subjectif du procédé. Mais l’idée d’une force maléfique s’emparant des techniques d’hypnose ouvre de nouvelles possibilités passionnantes. Malgré un point de départ apparemment très classique – une femme séduit un homme dans un bar -, Luz nous fait rapidement basculer ailleurs, nous désorientant au point de nous placer presque nous-mêmes sous hypnose. Nous décollons alors progressivement de la réalité tangible. Tout s’inverse, les points de vue changent, ce qui explique en partie la sexualité ambigüe des personnages, notamment Luz qui s’habille comme un garçon, le docteur qui perd soudain sa virilité ou l’inspectrice de police exagérément masculine… Luz est décidément un film d’horreur hors-norme, porté par des sources d’inspiration multiples et incarné par des comédiens jusqu’alors habitués aux planches de théâtre. Son audace et son originalité l’ont logiquement propulsé dans une tournée de festivals de films à travers le monde.
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018
© Gilles Penso
À découvrir dans le même genre…
Partagez cet article



