

Pour leurs premiers pas au cinéma, Richard Elfman et son frère Danny transposent à l’écran le grain de folie de leur groupe Oingo Boingo…
FORBIDDEN ZONE
1980 – USA
Réalisé par Richard Elfman
Avec Marie-Pascale Elfman, Susan Tyrrell, Hervé Villechaize, Gisele Lindley, Jan Stuart Schwartz, Virginia Rose, Gene Cunningham, Phil Gordon, Hyman Diamond
Fondé en 1972, le groupe Mystic Knights of the Oingo Boingo – rebaptisé plus tard Oingo Boingo – est une troupe de théâtre musical à l’univers surréaliste et expérimental, spécialisé notamment dans la reprise de standards des années 30 et 40. Mais à la fin des seventies, son fondateur Richard Elfman s’intéresse au cinéma et cède la direction du groupe à son jeune frère Danny pour pouvoir se concentrer sur ses projets de films. Il souhaite en effet se lancer dans une comédie délirante composée de douze numéros musicaux reliés entre eux par une intrigue très évasive. L’idée est de tourner en 16 mm et de tout bricoler avec les moyens du bord. Marie-Pascale Elfman, l’épouse de Richard, cumule ainsi les postes, notamment le rôle principal du film, la création des décors et la production. Peu à peu, le projet prend de l’ampleur et passe au format 35 mm, tandis que le premier titre envisagé, The Hercules Family, est remplacé par Forbidden Zone. Lorsque les finances commencent à se tarir, Richard et Marie-Pascale Elfman réunissent tout l’argent qu’ils peuvent grâce à leur activité parallèle – la vente de maisons – jusqu’à ce que le producteur Carl Borack apporte sa propre contribution et permette au film de s’achever, trois ans après sa mise en chantier.


Difficile de résumer l’intrigue de Forbidden Zone, tant le film part dans tous les sens. La famille Hercule, constituée de Frenchy (Marie-Pascale Elfman), de son frère Flash (Phil Gordon), de leurs parents (Virginia Rose et Gene Cunningham) et d’un grand-père lubrique (Hyman Diamond), vit dans une maison ayant jadis appartenu à un souteneur, trafiquant de stupéfiants et marchand de sommeil. En explorant la cave, Frenchy est propulsée dans la sixième dimension. Capturée par une princesse qui se promène systématiquement les seins nus (Gisele Lindley), elle est conduite devant les souverains de ce monde bizarre : le roi nain Fausto (Hervé Villechaize) et l’exubérante reine Doris (Susan Tyrrell). Or le roi s’éprend de la nouvelle-venue, ce qui provoque la terrible jalousie de son épouse. Pendant ce temps, les autres membres de la famille Hercule décident d’emprunter à leur tour le passage secret souterrain pour venir à la rescousse de Frenchy…
Bienvenue dans la sixième dimension
Le côté « fait main » de Forbidden Zone est sans conteste son point le plus fort. Ces décors en papier et en carton, ces costumes qui recyclent tout et n’importe quoi, ces maquillages qui semblent improvisés à l’arrache créent une proximité avec le spectateur, qui devient presque complice de cette pantalonnade absurde. L’inventivité déborde dans chaque plan, y compris dans ces géniales séquences d’animation conçues par John Muto, sorte de croisement contre-nature entre les univers de Terry Gilliam et des frères Fleischer. L’inspiration, elle, semble venir autant du cinéma burlesque muet que des trois Stooges, d’Hellzapoppin et des Monty Pythons. Pour ses premiers pas en tant que compositeur de musique de film, Danny Elfman touche à tous les styles (punk, scat, opérette, rumba, rock, funk, pop, ska, charleston)… Un patchwork dont on retrouvera de lointaines traces dans les chansons des Oompas Lompas qu’il écrira pour Charlie et la chocolaterie. Quant à sa réinterprétation d’un standard de Cab Calloway, à laquelle il se livre grimé en Satan, elle annonce la chanson d’Oogie Boogie dans L’Étrange Noël de Monsieur Jack. Tout est permis dans Forbidden Zone, y compris des gags qui ne passeraient plus du tout aujourd’hui (des blagues racistes, sexistes, graveleuses) mais qui démontrent la liberté totale dont jouirent Elfman et sa joyeuse bande. Car on trouve de tout dans Forbidden Zone : un danseur à tête de grenouille, des filles topless, un homme suspendu au plafond pour faire office de lustre, une institutrice armée d’une mitraillette, un type en costume de gorille, des boxeurs chanteurs, une poule qui parle, une tête volante, des pistolets laser, Joe Spinell en marin ivre, de la pixillation… Le film deviendra culte et lancera la carrière prometteuse de Danny, sans que son grand frère ne parvienne vraiment, quant à lui, à transformer l’essai.
© Gilles Penso
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