

Un « ego-trip » bizarre, bourré d’effets spéciaux ambitieux et construit tout entier à la gloire de Michael Jackson…
MOONWALKER
1988 – USA
Réalisé par Jerry Kramer, Colin Chilvers, Will Vinton et Jim Blashfield
Avec Michael Jackson, Joe Pesci, Sean Lennon, Kelley Parker, Brandon Quintin Adams, Cindera Chen, Bruno Falcon, Joseph Malone, Alif Sankey
THEMA ROBOTS
Conçu pour accompagner la tournée de l’album « Bad », Moonwalker est un objet très étrange, à mi-chemin entre le film de science-fiction, la comédie burlesque, le clip, la comédie musicale et la captation de concert. Structuré autour de plusieurs segments qui n’ont pas nécessairement de lien les uns avec les autres, le film est co-réalisé par l’expert en effets spéciaux Colin Chilvers (Sinbad et l’œil du tigre, Superman, Saturn 3), le roi de l’animation en pâte à modeler Will Vinton (Les Aventures de Mark Twain, Oz : un monde extraordinaire) et les spécialistes du clip vidéo Jerry Kramer (ZZ Top, Rod Stewart, Aerosmith) et Jim Blashfield (Talking Heads, Paul Simon, Peter Gabriel). Moonwalker commence par le montage parallèle de plusieurs concerts autour de la chanson « Man in the Mirror ». MJ s’agite sur scène face à une foule en délire. Le public hurle, les bébés sont fascinés, les fans s’évanouissent, les filles pleurent… Bref « l’ego-trip » est déjà poussé à son paroxysme. Des images d’actualités un peu aléatoires s’intercalent dans le montage : dirigeants politiques, faim dans le monde, John Lennon, Gandhi, Martin Luther King… La suite du film est une rétrospective de dix minutes qui résume la carrière de Michael, depuis les Jackson Five jusqu’au milieu des années 80. Cette interminable compilation aux allures de séance de zapping débouche sur « Badder », un remake amusant du clip « Bad » dans lequel tous les personnages sont joués par des enfants. Le petit Brandon Quintin Adam y campe un excellent émule miniature de Michael.


La scène suivante est sans doute la plus intéressante et la plus inventive du film. Au cours de la visite d’un studio de cinéma, une horde de fans animés en argile (par Will Vinton et son équipe) se lance aux trousses de Michael Jackson qui finit lui-même par se transformer en lapin en pâte à modeler et se lance dans une course-poursuite délirante aux accents de la chanson « Speed Demon ». Tandis que le véhicule qu’enfourche notre héros se transforme tour à tour en vélo, en moto, en marteau-piqueur, en panneau « Stop », en ski nautique et en jetpack, lui-même prend furtivement les traits de Sylvester Stallone, Tina Turner et Pee-wee Herman ! Bref, une belle prouesse artistique et technique. « Leave Me Alone », le cinquième segment du film, est un clip musical surréaliste qui met l’accent sur l’intérêt que portent les tabloïds à la vie privée et aux excentricités de Jackson. On retrouve-là le style visuel « patchwork » que le réalisateur Jim Blashfield appliquera l’année suivante au clip « Sowing the Seeds of Love » de Tears for Fears.
Joe Pesci contre Mecha-Jackson
Le dernier tiers de Moonwalker, dirigé par Colin Chilvers, commence comme un film Amblin dont il reprend les gamins en vadrouille, le ciel étoilé et la musique féerique (signée ici Bruce Broughton). Trois orphelins y suivent les mésaventures de leur idole Michael, menacé par le redoutable trafiquant de drogue Mr Big (Joe Pesci) et son commando armé jusqu’aux dents. Entre deux chansons captées dans leur intégralité (« Smooth Criminal » et « Come Together »), le chanteur échappe à ses poursuivants en se transformant en voiture futuriste (qui vole comme la DeLorean de Retour vers le futur), en robot géant (façon Transformers, via une combinaison de maquillages spéciaux signés Rick Baker, de marionnettes mécaniques et d’effets visuels conçus par l’équipe de Dream Quest) puis carrément en vaisseau spatial ! Le concept ne manque pas d’ambition et le rendu visuel général est très réussi (mentions spéciales à la photo de John Hora et aux décors de Michael Ploog), mais comment s’intéresser à des péripéties aussi absurdes ? Ce délire science-fictionnel est finalement à l’image du film tout entier : narcissique, mégalomaniaque et bien peu captivant. Jackson espérait que le film sorte en salles aux États-Unis, mais il ne connaîtra finalement qu’une distribution directe en vidéo sur le territoire américain. Le reste du monde, en revanche, lui ouvrira les portes des cinémas. Ce qui n’empêchera pas une grande partie du public et de la presse de rester perplexe face à ce spectacle souvent plus embarrassant qu’enthousiasmant.
© Gilles Penso
À découvrir dans le même genre…
Partagez cet article



