

Le roi des enfers envoie sur Terre un démon pour tenter de faire sombrer le valeureux Maciste dans le péché et pour pouvoir posséder son âme…
MACISTE ALL’INFERNO
1925 – ITALIE
Réalisé par Guido Brigone
Avec Bartolomeo Pagano, Umberto Guarracino, Mario Saio, Franz Sala, Elena Sango, Lucia Zanussi, Pauline Polaire, Domenico Serra, Sergio Amidei
THEMA DIABLE ET DÉMONS I MYTHOLOGIE I DRAGONS
Créé en 1913 par Gabriele d’Annunzio et Giovanni Pastrone, pour les besoins du film Cabiria, Maciste n’est au départ qu’un personnage secondaire. Il s’agit alors d’un esclave carthaginois incarné par un ancien docker bâti comme un catcheur, Bartolomeo Pagano (1 mètre 90, 120 kilos). Or cet Hercule en pagne impressionne tant le public qu’il devient le héros d’une vingtaine de films jusqu’au début des années 1930, toujours incarné par le massif Pagano. Si la plupart de ses aventures se situent dans un cadre antique, d’autres dérogent à cette règle chronologique. C’est le cas de Maciste aux enfers, dont l’action semble se dérouler autour du 16ème siècle. Le Maciste que nous découvrons ici n’est donc pas un Musclor en jupette mais un brave homme qui fume la pipe, cultive son lopin de terre, fait la sieste à l’ombre des arbres fruitiers, bref mène une vie tranquille et sans histoire. Sa voisine Graziella (Pauline Polaire) lui fait les yeux doux et lui offre des fleurs de son jardin pour s’excuser de l’avoir mouillé avec son arrosoir. C’est mignon tout plein, les bons sentiments abondent et nos deux êtres simples se comportent en bons chrétiens : un grand crucifix surplombe le lit de Maciste, tandis que Graziella se signe et prie tous les soirs avant de se coucher.


Mais ce trop-plein de vertu inquiète énormément le roi Pluton (Umberto Guarracino), qui règne sur les enfers aux côtés de son épouse Proserpine (Elena Sangro) et de sa fille Luciferina (Lucia Zanussi). Craignant pour sa couronne, il demande au sinistre Barbariccia (Franz Sala), qu’il avait banni de la salle du trône, de tout mettre en œuvre pour pervertir Maciste et Graziella. Accompagné de cinq démons, le vil lieutenant des enfers prend des traits humains respectables (costume, moustache, barbiche, haut de forme, cape) et tente d’abord auprès de Maciste le pacte classique : en échange de son âme, il aura droit aux richesses et au plaisir charnel. Mais Maciste répond du tac au tac : « Je ne suis pas Faust ! » Le démon provoque alors un accident qui pousse Graziella à porter secours à Giorgio (Domenico Serra), un cavalier blessé. Tous deux tombent aussitôt amoureux, ce qui suscite la jalousie et la colère de Maciste. Ce dernier se retourne alors contre Barbariccia et se retrouve précipité aux enfers, où il doit tenter de résister à toutes les tentations qui s’offrent à lui, sous peine d’être damné à jamais…
« Je ne suis pas Faust ! »
L’incroyable ambition visuelle du film saute aux yeux dès les premières minutes. À mi-chemin entre l’imagerie biblique et le bestiaire mythologique, cette vision des enfers se révèle très impressionnante, avec son vaste décor souterrain enfumé et son immense figuration costumée et maquillée. On y croise le nocher Charon (aux allures de vieillard chenu), des nuées de diablotins volants aux ailes de chauves-souris, des pêcheurs suppliciés à coups de fouets, des âmes tourmentées qui rampent en se tortillant sur le plafond rocheux, un dragon cracheur de feu, le gigantesque roi Minos… Toute cette sarabande démoniaque évoque beaucoup les tableaux concoctés par Francesco Bertolini et Adolfo Podovan pour L’Enfer de 1911. Les deux films montrent d’ailleurs une séquence rigoureusement identique, tout droit sortie des gravures de Gustave Doré : l’immense Lucifer qui dévore un humain en déployant ses ailes tandis que les damnés sont à moitié enterrés dans le sol glacé. D’autres visions saisissantes, comme les démons en contre-jour contemplant le monde des humains du haut de leur promontoire rocheux, annoncent le Faust de Murnau. La partie mélodramatique, qui implique une sorte de triangle amoureux pétri de bons sentiments entre Maciste, Graziella et Giorgio, pèche certes par sa grandiloquence et sa naïveté. Mais elle est sans cesse contrebalancée par le surréalisme macabre qui nimbe le reste du métrage. Nous ne sommes pas près d’oublier cette pieuvre géante qui flotte au-dessus de la ville pour symboliser les « tentacules du vice », Barbariccia qui s’envole dans les cieux nuageux en laissant sa cape flotter au vent, ou encore ce démon dont le visage déchiré se reconstitue en stop-motion. Maciste poursuivra ses exploits jusqu’à ce que l’arrivée du cinéma parlant ne le relègue aux oubliettes. Il faudra attendre le renouveau du péplum, à la fin des années 50, pour que le fier héros renaisse de ses cendres avec panache.
© Gilles Penso
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