TARZAN ET LA CHASSERESSE (1947)

L’homme-singe et sa petite famille se heurtent à une expédition de chasseurs venus capturer des animaux pour les besoins d’un zoo américain…

TARZAN AND THE HUNTRESS

1947 – USA

Réalisé par Kurt Neumann

Avec Johnny Weissmuller, Brenda Joyce, Johnny Sheffield, Patricia Morison, Barton MacLane, John Warburton, Charles Trowbridge, Ted Hecht, Wallace Scott

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Dans Tarzan et la chasseresse, Johnny Weissmuller interprète l’homme-singe d’Edgar Rice Burroughs pour la onzième fois, Johnny Sheffield en est à sa huitième incarnation du sautillant Boy et Brenda Joyce redevient Jane comme dans les deux films précédents. Derrière la caméra, Kurt Neumann signe quant à lui sa troisième réalisation consécutive pour la saga. Autant dire que l’équipe est désormais rompue à l’exercice. Mais cette familiarité a son revers : la mécanique commence à tourner en rond, et avec elle s’essouffle une formule qui touche à ses limites. On note tout de même une singularité côté coulisses : le scénario est co-écrit par Leslie Charteris, un auteur britannique spécialisé dans les romans policiers et célèbre pour avoir créé le personnage de Simon Templar, alias « Le Saint ». Officiellement, l’histoire de Tarzan et la chasseresse est écrite par le duo de scénaristes Jerry Gruskin et Rowland Leigh. Mais Charteris est à l’époque présent dans les locaux de la RKO, au travail sur un potentiel film consacré au Saint, et en profite pour apporter sa contribution à l’écriture de ce nouveau Tarzan, même s’il n’en est pas crédité. Soumis comme il se doit au comité de censure du Hays Office pour s’assurer qu’il est conforme aux « bonnes mœurs » de l’époque, le script est validé le 11 septembre 1946, pour un tournage prévu cinq jours plus tard. Envisagé initialement comme réalisateur, Ewing Scott passe son tour à cause du manque de temps alloué à la préparation. Voilà pourquoi Neumann, producteur associé du film, le remplace au pied levé pour assurer la mise en scène.

Tarzan la chasseresse commence comme souvent par une petite série de pitreries du chimpanzé Cheeta, enchaînées avec quelques vignettes de la vie quotidienne du seigneur de la jungle et de sa petite famille. Puis nous entrons dans le vif du sujet :  en raison d’une pénurie d’animaux dans les zoos américains après la Seconde Guerre mondiale, Tanya Rawlins (Patricia Morison), une chasseuse de gros gibier, Carl Marley (John Warburton), son bailleur de fonds, et Paul Weir (Barton MacLane), un chef de convoi autoritaire, reçoivent l’autorisation du roi Farrod (Charles Trowbridge) de capturer un mâle et une femelle de chaque espèce animale présente sur ses terres. Mais Oziri (Ted Hecht), le neveu du roi Farrod, s’allie à Weir pour lui permettre de capturer plus d’animaux que prévu. Il ordonne également aux hommes de Weir d’assassiner le roi Farrod et son fils, le prince Suli (Maurice Tauzin), afin de s’emparer du trône. Sentant le coup fourré, Tarzan décide de mettre son nez dans cette affaire et de mettre des bâtons dans les roues des chasseurs.

« Boy est un homme maintenant »

Force est de constater que Johnny Weissmuller est dans une forme toujours olympique et que Brenda Joyce a définitivement trouvé ses marques dans le rôle de Jane, nous faisant presque oublier la prestation pourtant mémorable de Maureen O’Sullivan. Johnny Sheffield, de son côté, est devenu un grand gaillard musclé de seize ans. S’il ne démérite pas en fils de Tarzan, le jeune acteur n’a plus rien du petit garçon mignon des débuts, ce que confirme l’homme-singe en déclarant « Boy est un homme maintenant » lorsqu’il le voit chasser. Ce changement morphologique poussera le producteur Sol Lesser à se passer du personnage dans les épisodes suivants. Si Kurt Newman sollicite encore quelques effets spéciaux inventifs – à défaut d’être toujours réalistes – comme des abeilles en animation ou une peinture sur verre pour visualiser le royaume du roi Farrod au milieu de la jungle, il manque à cet opus le caractère ouvertement fantastique qui faisait le charme des films précédents de la saga. L’intrigue est d’ailleurs relativement filiforme, poussant les scénaristes à donner plus de champ libre aux singeries de Cheeta, ici affublée de trois « rejetons ». Le climax nous offre tout de même une belle charge d’éléphants qui dote le film d’un tardif souffle épique. Malgré son indiscutable charisme, l’actrice Patricia Morison n’a pas grand-chose d’intéressant à défendre dans le rôle de la chasseresse du titre. Ce sera un peu le drame de sa vie. Cantonnée à des seconds rôles pas toujours très valorisants, elle quittera finalement Hollywood pour se tourner vers les planches de Broadway. Johnny Weissmuller, de son côté, endossera la peau de bête du roi de la jungle pour la dernière fois dans Tarzan et les sirènes.

© Gilles Penso

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