

Le seigneur de la jungle et sa petite famille sont confrontés à une secte d’hommes qui se déguisent en fauves pour agresser leurs semblables…
TARZAN AND THE LEOPARD WOMAN
1946 – USA
Réalisé par Kurt Neumann
Avec Johnny Weismuller, Brenda Joyce, Johnny Sheffield, Acquanetta, Edgar Barrier, Dennis Hoey, Tommy Cook, Anthony Caruso, Robert Barron
THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN
Lorsqu’il attaque Tarzan et la femme léopard, son dixième film dans la peau du seigneur de la jungle, Johnny Weissmuller a 41 ans et une forme olympique. Ceux qui avaient pu le trouver un peu ramollis dans les films précédents retrouvent ainsi notre homme singe au top de sa condition physique, grâce à l’entraînement intensif auquel il s’astreint au sein du Hollywood Athletic Club. Brenda Joyce réapparaît à ses côtés pour la deuxième fois consécutive dans le rôle de Jane – suite au départ de Maureen O’Sullivan après Les Aventures de Tarzan à New York – et Johnny Sheffield reste fidèle au poste sous le pagne de Boy. Le casting de ce nouvel opus s’égaye avec la présence d’Acquanetta, une actrice native du Wyoming, de son vrai nom Mildred Davenport, spécialisée depuis quelques années dans les personnages exotiques (Les Mille et une nuits, La Femme gorille, puis plus tard Le Continent perdu). Ici, elle incarne la grande prêtresse du « culte du léopard », un rôle qui lui va comme un gant et qui justifie pleinement le titre du film, dont elle demeure l’attraction principale. Produit pour un budget de 7 500 000 dollars, Tarzan et la femme léopard est tourné pendant 51 jours, majoritairement dans les décors de jungle édifiés sur les plateaux de la RKO et dans le jardin botanique du comté de Los Angeles.


En tout début de métrage, nous apprenons que les membres d’une caravane de voyageurs, aux abords du Zambèze, ont tous été massacrés, apparemment victimes d’une attaque de léopards. Sur place, un commissaire demande à Tarzan d’enquêter sur cette affaire. Or notre homme singe, qui en a vu d’autres, doute immédiatement que des fauves soient à l’origine du problème. En entendant un oiseau reproduire le son que Boy tire d’une flute, il énonce tout haut un raisonnement digne de Sherlock Holmes : « Si un animal peut imiter l’homme, l’homme peut imiter un animal. » Puis Tarzan, Jane et Boy recueillent Kimba, un garçon qui prétend s’être perdu dans la jungle. Mais en réalité, Kimba est le frère de la reine Lea, grande prêtresse d’un culte voué aux léopards. Ce sont les membres de cette secte qui sont responsables de l’attaque de la caravane. Alors qu’elle a envoyé Kimba espionner Tarzan, Lea prépare une grande offensive aux côtés d’Ameer Lazar, un médecin qui veut éradiquer la domination occidentale sur la région…
Un super-vilain anticolonialiste
L’entrée en matière du film met d’emblée à mal notre suspension d’incrédulité. Il est en effet difficile de voir Tarzan, Jane et Boy se balader tranquillement en peaux de bêtes, au beau milieu du marché d’une ville moyen-orientale, sans esquisser un sourire incrédule. Tandis que les incontournables singeries de Cheeta sont ici liées au vol de la flûte d’un charmeur de serpent, le caractère « pulp » qui nimbait les meilleures scènes de Tarzan et les Amazones ressurgit ici lors des séquences de cérémonies du culte de la panthère. Nous y voyons Acquanetta brandissant son sceptre en forme de griffe, aux côtés d’une grande statue de félin, face à une assemblée de fidèles torse-nu lancés dans une étrange chorégraphie. Manifestement, Kurt Neumann – déjà réalisateur du film précédent – a une véritable affinité avec cette imagerie de péplum fantastique à mi-chemin entre la bande-dessinée et le serial. Cela dit, les discours enflammés de l’homme qui préside cette secte aux côtés de Lea nous laissent une impression étrange. Si les expressions faciales et les intonations de cet orateur dictatorial ne sont pas sans évoquer les mimiques d’Hitler, le fond de son argumentation – lutter contre le colonialisme et stopper l’emprise de l’Occident sur les peuplades locales – nous semble motivé par des intentions fort compréhensibles. Mais Tarzan et la femme léopard se garde bien de développer le moindre message politique, son objectif restant avant tout le divertissement exotique. D’où ces nombreuses scènes épiques, notamment la traque dans la jungle pour sauver les demoiselles en détresse, le positionnement de Boy comme un vrai guerrier enfin digne de Tarzan ou encore ce beau final spectaculaire à souhait.
© Gilles Penso
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