

Dans cette adaptation des célèbres romans pour ados, une horde de monstres sèment la panique tandis que Jack Black incarne une variante loufoque de l’écrivain R.L. Stine…
GOOSEBUMPS
2015 – USA
Réalisé par Rob Letterman
Avec Jack Black, Dylan Minette, Odeya Rush, Ryan Lee, Amy Ryan, Jillian Bell, Halston Sage, Steven Krueger, Keith Arthur Bolden, Amanda Lund, Timothy Simons
THEMA JOUETS I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I YÉTIS I LOUPS-GAROUS I VÉGÉTAUX I EXTRA-TERRESTRES
Lancée en 1992 par l’auteur américain Robert Lawrence Stine, la collection Chair de poule est une série de romans destinés aux enfants et aux préadolescents, dans lesquels chaque histoire plonge de nouveaux héros dans des situations fantastiques, paranormales et gentiment horrifiques. Les monstres, les fantômes, les loups-garous, les pantins maléfiques s’y bousculent, avec une prédilection pour les chutes inattendues. La première série compte 62 livres, avant d’engendrer quantité de spin-off. Face au succès phénoménal de Chair de poule en librairie, Hollywood et la télévision s’y intéressent logiquement. Les romans de Stine donnent donc naissance à une série TV diffusée entre 1995 et 1998. Un projet de long métrage cinéma est envisagé dès les années 1990 mais reste longtemps dans les tiroirs. Plusieurs scénaristes et de nombreuses versions se succèdent sans parvenir à faire décoller le film. En 2008, Columbia Pictures finit par acquérir les droits et relance officiellement l’adaptation. Le projet change encore de forme au fil des années, jusqu’à l’arrivée de Rob Letterman à la réalisation et de Darren Lemke au scénario, avec l’idée très « méta » de faire de R. L. Stine lui-même un personnage de fiction. Le déclic intervient en 2013, lorsque Jack Black entre en négociations pour incarner cette version romancée de l’écrivain. Dylan Minnette et Odeya Rush rejoignent ensuite le casting.


Tim Burton étant l’un des cinéastes initialement pressentis pour réaliser cette adaptation libre de l’univers de Stine, on comprend mieux la raison qui a poussé Danny Elfman à concocter une partition aux allures de « best of » de sa collaboration avec le réalisateur de Beetlejuice. Le thème principal donne le ton : orchestre déchaîné, violons galopants, chœurs éthérés, fanfare de cirque, solo à la scie musicale, trilles au xylophone, cloches percussives, contrepoints aux cuivres, trompettes à la Bernard Herrmann… Tout semble conçu pour transporter le spectateur dans un environnement musical familier et immédiatement identifiable. Le protagoniste du film est le jeune Zach Cooper. Après la mort de son père, il quitte New York avec sa mère Gale, qui vient d’obtenir un poste de proviseure adjointe dans un lycée du Delaware. Déraciné et peu enthousiaste à l’idée de cette nouvelle vie, l’adolescent trouve rapidement un peu de réconfort auprès de Hannah, sa mystérieuse voisine, et de Champ, un camarade de classe sympathique et maladroit. Lorsque Zach entend un soir un cri provenant de la maison voisine, il est persuadé que Hannah est en danger. Avec Champ, il décide alors de pénétrer dans la demeure pour lui porter secours. Ils y découvrent une étrange collection de manuscrits enfermés à double tour : chacun renferme l’une des créatures terrifiantes de la célèbre série de romans Chair de poule. En ouvrant accidentellement l’un d’eux, Zach libère le redoutable Yéti de Pasadena. C’est là que les ennuis commencent vraiment…
Le grand déballage
Adapter Chair de poule au cinéma relevait du casse-tête : comment transformer une collection de romans indépendants en scénario de long métrage ? Faire de R. L. Stine un personnage à part entière, et le muer en gardien d’un bestiaire qu’il a lui-même créé, est une solution narrative plutôt maligne. Tous ses monstres, enfermés dans leurs manuscrits, n’attendent ici qu’une occasion pour s’échapper. Place donc au yéti, au loup-garou, aux plantes carnivores, au blob glouton, à la voiture possédée ou encore aux créatures extraterrestres. Chair de poule joue ainsi la carte du grand déballage avec une générosité forcément très appréciable. Le plaisir vient moins de l’originalité de chaque menace que de l’attente de la suivante. À ce petit jeu, Slappy, le pantin vedette de la saga, s’impose naturellement comme le maître de cérémonie idéal. Rob Letterman orchestre ce joyeux chaos avec une efficacité qui privilégie constamment le rythme. L’humour et l’aventure y prennent le pas sur l’horreur pure, dans un film qui connaît parfaitement son public. Les créatures ont beau être parfois inégales visuellement, elles s’agitent ici avec une énergie de fête foraine et de train fantôme qui autorise tous les excès. Cette volonté de ne jamais franchir la ligne rouge constitue aussi sa principale limite. Le danger reste largement sous contrôle, la peur est domestiquée et les conséquences, même les plus dramatiques, peuvent être miraculeusement effacées. Chair de poule préfère ainsi le frisson bon enfant au véritable cauchemar. Cela dit, ce parti pris reste très fidèle à l’esprit finalement inoffensif des livres. Le succès sera au rendez-vous et générera une séquelle en 2018.
© Gilles Penso
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