LE VENIN DE LA PEUR (1971)

Troublée par une série de rêves de plus en plus perturbants, une jeune femme est accusée du meurtre sanglant de sa voisine…

UNA LUCERTOLA CON LA PELLE DI DONNA

 

1971 – ITALIE / ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec Florinda Bolkan, Stanley Baker, Jean Sorel, Silvia Monti, Alberto de Mendoza, Penny Brown, Mike Kennedy, Ely Galleani, Jorge Rigaud, Ezio Marano

 

THEMA TUEURS

Lucio Fulci commence sa carrière de réalisateur dans les années 50, mais il ne s’attaque au genre horrifique qui va le rendre célèbre qu’à la fin de la décennie suivante, d’abord avec Perversion Story puis avec Le Venin de la peur. Ce dernier est connu sous plusieurs titres alternatifs : Carole pour sa première exploitation en France (avant d’être retitré pour le marché vidéo et doté d’un très beau poster de Laurent Melki), Schizoid en Angleterre ou encore A Woman in a Lizard Skin aux Etats-Unis, traduction littérale du titre original qui signifie « Un lézard dans une peau de femme ». Cette expression imagée ne se réfère à aucune séquence particulière. Il s’agit plutôt d’une vue de l’esprit, conforme aux titres animaliers dont sont dotés de nombreux giallos des années 70 (comme L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues ou La Tarentule au ventre noir, par exemple). Le Venin de la peur est une coproduction italo-franco-espagnole mais se déroule à Londres et met en scène des personnages britanniques. Les acteurs, eux, viennent d’un peu partout : Brésil, Pays de Galle, France, Argentine, Italie, Suède, Grande-Bretagne… Ce melting pot face à la caméra est très représentatif des coproductions de cette époque.

Le Venin de la peur commence par une scène de rêve perturbante, dans laquelle la dormeuse Carol Hammond (Florinda Bolkan) semble partagée entre la frayeur et le désir : une traversée dans un couloir de train étroit, puis dans celui d’un immeuble où elle doit se frayer un chemin au milieu de dizaines de corps nus qui s’enlacent, jusqu’à une chute dans le vide et au surgissement de sa voisine Julia (Anita Strindberg) qui la séduit langoureusement. Lorsqu’elle raconte ce songe bizarre à son psychiatre, Carol se rend compte qu’elle est obsédée par cette jeune femme dont la vie dissolue contraste radicalement avec sa propre existence rangée et banale, partagée entre son époux Frank (Jean Sorel), sa belle-fille Joan (Ely Galleani) et son père Edmond (Leo Genn) qui brigue le poste de député. Peu à peu, ses rêves deviennent de plus en plus extrêmes : des corps déchiquetés, un cygne géant qui la poursuit, un meurtre au couteau… Mais alors que Carole vient de se voir en train d’assassiner Julia à coups de coupe-papier, celle-ci est retrouvée morte dans la réalité, exactement dans les mêmes conditions que dans le rêve. Tous les soupçons convergent alors logiquement vers elle. Aurait-elle inconsciemment commis ce meurtre ?

Sanglante paranoïa

La mise en scène du Venin de la peur surprend par sa liberté, sa fougue et son foisonnement d’idées visuelles, à mi-chemin entre le surréalisme d’un Fellini et le psychédélisme en vogue au début des années 70. Fulci sollicite les mouvements brutaux de caméra portée, les gros plans invasifs, les reports de point, les split screens, les jeux d’avant-plan extrêmes, les coups de zoom intempestifs, les expérimentations musicales d’Ennio Morricone, bref un trésor d’inventivité lui permettant de traduire le déséquilibre psychique de son héroïne et l’invasion progressive de la paranoïa dans son quotidien. Au détour de certaines séquences, le réalisateur commence aussi à montrer ses penchants pour l’esthétisation des effets gore, sa future signature. Face à sa caméra s’exposent ainsi des cadavres décomposés, des plaies béantes, mais aussi des corps étripés de chiens agonisants qui lui vaudront des démêlées avec la justice, avec à la clé un procès et le témoignage des membres de l’équipe du film expliquant qu’il s’agit d’effets spéciaux conçus par Carlo Rambaldi ! Entre les nombreux moments de fulgurance du Venin de la peur – la course poursuite dans la clinique, le grand orgue dans la cathédrale, l’attaque des chauve-souris -, l’intrigue se perd un peu dans les clichés inhérents aux giallo : adultères, faux-semblants, manipulations, machinations, révélation finale théâtrale… Il n’en demeure pas moins que nous sommes là face à une pièce maîtresse de la filmographie de Fulci, que tous les aficionados du maestro se doivent de découvrir.

 

© Gilles Penso

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