

Adam Sandler entre dans la peau du fils le plus maladroit et le plus idiot de Satan, envoyé sur Terre pour une mission de la plus haute importance…
LITTLE NICKY
2000 – USA
Réalisé par Steven Brill
Avec Adam Sandler, Patricia Arquette, Harvey Keitel, Rhys Ifans, Tom Lister Jr., Rodney Dangerfield, Allen Covert, Peter Dante, Jonathan Loughran, Robert Smigel
THEMA DIABLE ET DÉMONS
C’est en allant voir Angel Heart avec des amis qu’Adam Sandler aurait commencé à développer l’idée de Little Nicky, réfléchissant d’abord aux ressorts comiques possibles de l’existence d’un fils encombrant et maladroit que Satan serait obligé de traîner partout avec lui. Quelques années plus tard, le concept prend forme et le scénario définitif est finalement co-écrit par Sandler, Tim Herlihy et Steven Brill. Ce dernier hérite aussi de la mise en scène. Réalisateur de deux autres longs-métrages (la comédie La Colo des gourmands et le téléfilm Last Last Night), Brill fit ses débuts comme acteur. On peut notamment le voir dans Sexe, mensonges & vidéo, Edward aux mains d’argent ou Batman le défi. Il fut aussi scénariste des Petits champions. Adam Sandler le pense taillé sur mesure pour diriger Little Nicky et s’octroie logiquement le rôle du fils gentil mais benêt du diable, ses deux frères étant incarnés par Rhys Ifans (qui crevait l’écran l’année précédente dans Coup de foudre à Notting Hill) et Tom Lister Jr. (le président Lindberg du Cinquième élément). Pour incarner Satan, on envisage tour à tour Jon Voight et Dustin Hoffman (les deux têtes d’affiche de Macadam Cowboy), mais c’est finalement Harvey Keitel qui hérite des cornes et du bouc du patron de l’enfer.


Alors que son règne de 10 000 ans touche à sa fin, Satan doit décider lequel de ses trois fils lui succédera à la tête de l’enfer. Adrian est le plus sournois, Cassius le plus cruel et Nicky le plus gentil. Ce dernier souffre par ailleurs d’un trouble de la parole et d’une mâchoire déformée depuis que Cassius l’a frappé au visage avec une pelle. Lorsque Satan réunit ses fils, c’est pour leur annoncer qu’ils ne sont pas encore prêts à lui succéder et qu’il continuera donc à régner sur l’enfer. Furieux de cette décision, Adrian et Cassius se rendent sur Terre pour y semer le chaos en s’immisçant dans l’esprit de leaders religieux et de personnalités politiques à New York. En partant, ils gèlent l’entrée de l’enfer, empêchant ainsi d’autres âmes damnées d’y entrer et provoquant la désintégration progressive de Satan. Trop faible pour arrêter Adrian et Cassius, ce dernier envoie Nicky sur Terre avec une flasque en argent qui emprisonnera les deux fils indignes une fois qu’ils auront bu son contenu. Mais ce diablotin naïf et gaffeur saura-t-il se montrer digne d’une telle mission ?
Un bon petit diable
Au-delà du diable et de ses trois fistons, le casting de Little Nicky se paie quelques guest stars prestigieuses : Patricia Arquette en petite-amie excentrique de Nicky, Quentin Tarantino en prêtre aveugle exalté, Reese Witherspoon en ange maternel, Carl Weathers en prof de mambo, Henry Winkler et Ozzy Osbourne dans leur propre rôle… Tout ce beau monde semble beaucoup s’amuser sur le plateau, mais ce n’est pas suffisant pour faire de Little Nicky une comédie désopilante. L’humour y est trop souvent balourd, l’écriture franchement paresseuse, les gags souvent en-dessous de la ceinture. Hésitant manifestement entre plusieurs styles et plusieurs tonalités, le film se cherche et ne nous déride qu’occasionnellement. D’autant que la bouche tordue d’Adam Sandler, sa mèche sur les yeux et sa voix traînante nous amusent cinq minutes mais finissent par nous agacer durablement. On sent pourtant que Sandler et Brill se donnent les moyens de leurs ambitions, convoquant plusieurs ténors des maquillages spéciaux (Howard Berger, Robert Kurtzman, Greg Cannom ou Craig Reardon) pour concevoir la cour diabolique de Satan et déployant une grosse débauche d’effets visuels pour donner corps à l’Enfer – même si certains trucages numériques ont affreusement mal vieilli, comme la transformation de Sandler en millier d’araignées grimaçantes. Little Nicky ressemble surtout à une sorte d’ébauche non aboutie aux effets comiques très limités. Sorti en même temps que Charlie et ses drôles de dames, le film sera d’ailleurs un échec cuisant au box-office, ne rapportant qu’un peu plus de la moitié de son budget de 85 millions de dollars. Time Warner aura du mal à s’en remettre.
© Gilles Penso
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