STREET FIGHTER (1994)

Jean-Claude Van Damme bande les muscles et affronte Raul Julia dans cette adaptation ratée du célèbre jeu vidéo Capcom…

STREET FIGHTER

 

1994 – USA / JAPON

 

Réalisé par Steven E. de Souza

 

Avec Jean-Claude Van Damme, Raul Julia, Kylie Minogue, Damian Chapa, Ming-Na Wen, Simon Callow, Byron Mann, Roshan Seth, Andrew Bryniarski, Grand L. Bush

 

THEMA SUPER-HÉROS

Quelques mois à peine après la production du film animé Street Fighter II réalisé par Gisaburô Sugii, Capcom initie une autre adaptation du célèbre jeu, en « live action » cette fois-ci. Steven E. de Souza, le réalisateur choisi pour ce blockbuster, n’a pas une grosse expérience derrière la caméra (deux téléfilms et un épisode des Contes de la crypte), mais ses crédits de scénariste lui permettent d’emporter le morceau. Nous lui devons en effet les scripts de 48 heures, Commando, Jumpin’ Jack Flash,Running Man, Piège de cristal, 58 minutes pour vivre, bref du gros calibre. Le rôle du grand méchant est confié à Raul Julia, inoubliable Gomez de La Famille Addams de Barry Sonnenfeld. Atteint d’un cancer de l’estomac incurable, l’acteur accepte tout de même le job pour faire plaisir à ses enfants, fans inconditionnels de « Street Fighter ». Son comportement affable sur le tournage reste un souvenir fort pour toute l’équipe du film. On ne peut pas en dire autant de Jean-Claude Van Damme, la superstar en tête d’affiche. À l’époque très accroc à la cocaïne, le Belge adepte du grand écart arrive en retard sur le plateau, multiplie les caprices, rate bon nombre de ses prises, bref provoque une série de retards qui poussent De Souza à déchirer plusieurs pages du scénario pour pouvoir tenir les délais.

Le film est tourné en Thaïlande, là où se déroule l’action décrite dans le script. Une guerre civile y oppose les forces du général Bison (Julia), un redoutable baron de la drogue, et les Nations Alliées dirigées par le colonel William F. Guile (Van Damme). Lors d’un coup d’éclat, Bison capture une soixantaine de travailleurs humanitaires et exige lors d’une émission en direct que Guile lui verse une rançon de 20 milliards de dollars américains dans un délai de trois jours. Le fier officier refuse et jure de traquer le super-vilain pour le traduire en justice. Savant fou sur les bords, Bison ordonne que l’un de ses otages, Carlos Blanka (Robert Mammone) soit transformé en super-soldat. Et c’est le docteur Dhalsim (Roshan Seth), un autre captif du général maléfique, qui est chargé de l’expérience scientifique. Pris de remord, ce dernier modifie secrètement la programmation cérébrale pour préserver l’humanité du cobaye. Entretemps, Guile monte une petite équipe de mercenaires pour partir traquer Bison. Mais cette mission ne sera pas de tout repos.

Vaya Con Dios

Street Fighter est un film qui se regarde distraitement puis s’oublie aussitôt, malgré la volonté manifeste du réalisateur d’en mettre plein la vue. L’intrigue se déroule apparemment dans un futur proche, mais les éléments de science-fiction restent chiches, se limitant à un pseudo-monstre et à quelques super-pouvoirs. Soucieux de refléter au mieux le jeu vidéo dont il s’inspire, le film aligne pas moins d’une dizaine de protagonistes et autant de méchants, tous embarqués dans une intrigue pour le moins sommaire. Le dernier acte se résume ainsi à un vaste montage parallèle où s’enchaînent divers affrontements entre héros et vilains, plus ou moins acrobatiques, mais qui laisseront sans doute de marbre les amateurs de cinéma d’action made in Hong Kong. La lutte du sumo Honda contre le bibendum de service, au milieu de maquettes urbaines, constitue un clin d’œil avoué à Godzilla, tandis que le duel entre Raul Julia et Jean-Claude Van Damme évoque celui opposant l’Empereur à Luke dans Le Retour du Jedi. Comme dans les James Bond, le repaire des méchants finit par être investi par la cavalerie et, après la fusillade de mise, disparaît dans une spectaculaire explosion. De tout ce casting choral, Raul Julia est finalement le seul à tirer son épingle du jeu. Pour façonner son Bison, l’acteur s’inspire de plusieurs dictateurs célèbres (Mussolini, Staline, Escobar ou Hitler) dont il reprend les traits de caractère et la gestuelle. Ce sera hélas sa dernière apparition à l’écran et son champ du cygne. Il s’éteindra quelques mois après la sortie du film, qui lui est dédié via cette dédicace : « For Raul Vaya Con Dios. »

 

© Gilles Penso

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