NUS SUR LA LUNE (1961)

Deux astronautes découvrent que notre satellite naturel est habité par une peuplade de jeunes femmes sympathiques et très impudiques…

NUDE ON THE MOON

 

1961 – USA

 

Réalisé par Doris Wishman

 

Avec Marietta, William Mayer, Lester Brown, Pat Reilly, Ira Magee, Lacey Kelly, Shelby Livingston, Robert W. Kyorimee, Joyce M. Geary, Charles Allen

 

THEMA SPACE OPERA

Drôle de destin que celui de la réalisatrice Doris Wishman. En 1958, son époux Jack Abrahms succombe d’une crise cardiaque à l’âge de 31 ans. Ce coup dur la pousse à chercher un travail lucratif dans les plus brefs délais. Passionnée par la production et la réalisation de films, elle suit une formation accélérée de cinéma et découvre que l’un des moyens les plus rapides et les plus rentables de faire des films est d’alimenter le marché des « nudies », ces petites bandes érotiques réservées au public adulte. Qu’à cela ne tienne : elle en fera sa spécialité, quitte à utiliser des pseudonymes masculins pour signer ses films. Après son premier coup d’essai, Hideout in the Sun (1960), un polar situé dans un camp de nudistes, elle enchaîne avec cet improbable Nus sur la Lune, réalisé sous le nom de Anthony Brooks. Elle continuera sur cette lancée en dirigeant une bonne trentaine de films du même acabit jusqu’à son décès en 2002, à l’âge vénérable de 90 ans. Nus sur la Lune s’appuyant sur un prétexte de science-fiction, il faut montrer des séquences spatiales et des paysages extra-terrestres. Mais pas question de dépenser des fortunes. Les effets spéciaux (la fusée qui décolle, la Terre qui tourne, quelques astéroïdes, la Lune dans l’espace, le module qui atterrit) sont donc de jolies petites maquettes, absolument pas réalistes mais dotées d’un charme indiscutable. Quant aux panoramas lunaires, ils sont filmés dans le « Château de Corail » situé au nord de Homestead, en Floride.

Nus sur la Lune commence comme beaucoup de séries B de SF des années 50/60, sans laisser immédiatement paraître ses intentions grivoises. Nous faisons la connaissance du professeur Jeff Huntley (Lester Brown) et de son collègue plus âgé le professeur Nichols (William Mayer). Grâce à un héritage inattendu, Jeff va pouvoir réaliser un vieux rêve : monter une expédition spatiale qui l’emmènera sur la Lune. La mise en scène de ce prologue est alors très sommaire, se limitant principalement à des dialogues statiques captés en plans fixes. En guise de préparatifs pour leur expédition spatiale, les deux savants passent leurs journées dans leur minuscule laboratoire à étudier des cornues et des flacons dans lesquels divers liquides font bloup bloup ! Le jour venu, Huntley et Nichols se rendent près de la rampe de lancement et s’exclament « quel beau spectacle ! ». Mais faute de moyens, le film ne nous montre rien, à part nos deux hommes qui escaladent une échelle, le gros plan d’une porte qui s’ouvre et le décor exigu d’une cabine de pilotage ornée de quelques accessoires aléatoires.

Nudisme interplanétaire

La kitscherie et l’humour involontaire jaillissent à l’écran lorsque nos fiers astronautes atterrissent sur la Lune et exhibent leur belle combinaison spatiale : des casques blancs de moto customisés avec des visières sombres, des justaucorps moulants (l’un vert pomme, l’autre rouge tomate), le tout surmonté d’une armure en plastique blanc imitation chevalier futuriste, avec des épaulettes, un plastron bardé de gros boutons dorés et une ceinture assortie. Sur la Lune, le ciel est bleu, la végétation luxuriante pousse au bord d’un lac, des grosses pépites d’or jonchent le sol… et les habitantes vivent joyeusement dans une sorte de village de vacances, les seins à l’air, tandis que des hommes en slip s’astreignent aux tâches manuelles. Tout ce beau monde communique par télépathie grâce à de jolis serre-têtes en forme d’antennes. À partir de là, le semblant d’intrigue qu’amorçait le film disparait totalement et Doris Wishman se contente alors de champs contre-champs sommaires. D’un côté les explorateurs qui observent, fascinés, l’un en prenant des photos, l’autre en noircissant son carnet de notes. De l’autre une série de vignettes montrant nos donzelles dénudées, filmées presque comme des animaux exotiques dans leur habitat naturel. Nous les regardons donc jouer à la balle, cueillir des fruits, se prélasser au bord de l’eau, se baigner dans les vapeurs d’un hammam artisanal. Au bout d’un temps jugé suffisamment long, il est temps de rentrer sur Terre, même si Jeff s’est amouraché de la reine des extra-terrestres et rechigne à quitter la Lune… Jusqu’à une morale finale nous laissant entendre qu’il ne faut pas chercher l’amour à l’autre bout du monde lorsqu’il est à portée de main. C’est beau !

 

© Gilles Penso

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