DES MINIONS ET DES MONSTRES (2026)

Les petits trublions jaunes débarquent dans le Hollywood des années 20 et deviennent des stars de cinéma, mais les choses ne tardent pas à dégénérer…

MINIONS AND MONSTERS

2026 – USA / FRANCE

Réalisé par Pierre Coffin et Patrick Delage

Avec les voix de Pierre Coffin, Trey Parker, Allison Janney, Christoph Walt, Jesse Eisenberg, Jeff Bridges, Zoey Deutch, Bobby Moynihan, Phil LaMarr, George Lucas

THEMA SUPER-VILAINS I EXTRA-TERRESTRES I SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA LES MINIONS

Les Minions imaginés par Pierre Coffin font recette depuis leur première apparition en 2010. Mais après quatre épisodes de la saga Moi, moche et méchant et deux spin-off consacrés aux petits monstres jaunes eux-mêmes, n’avait-on pas sérieusement fait le tour de la question? Ces bestioles sympathiques, sortes de croisements contre-nature entre les Lapins crétins et les extra-terrestres de Toy Story, avaient-ils encore quelque chose à nous raconter ? Coffin lui-même en doute d’abord beaucoup, et c’est Chris Meledandri, le patron du studio Illumination, qui réussit à le convaincre de rempiler. « Il m’a appelé un week-end », raconte-t-il. « Il savait que je ne voulais plus réaliser de films avec les Minions. J’avais vraiment envie de passer à autre chose. Mais il est arrivé avec cette idée : “Et si les Minions réalisaient un film de monstre ? Comme ils n’ont pas de monstre, ils le créent et c’est une catastrophe. Pendant tout le reste du film, ils essaient de corriger leur gaffe…“ J’ai arrêté de l’écouter après “des Minions qui font un film“ ! J’ai tout de suite adoré le concept. » (1) Au-delà des nouvelles possibilités visuelles qu’offre cette idée un peu folle, Coffin en profite pour concocter avec Brian Lynch un scénario conçu pour rendre hommage aux origines mêmes du cinéma et pour célébrer la créativité dans son acceptation la plus large.

Le jeu sur le logo Universal, qui rembobine jusqu’à reprendre la forme qu’il avait dans les années 20, nous donne tout de suite le ton. Si l’intrigue des Minions (2015) se déroulait dans l’Angleterre des sixties et celle des Minions 2 dans le San Francisco des seventies, nous voici désormais plongés dans le Hollywood des années folles. Nous découvrons que, depuis l’antiquité, les Minions s’efforcent d’être les serviteurs de nombreux super-vilains (du cyclope mythologique à la momie égyptienne en passant par le sorcier maléfique et toutes sortes de tyrans). Hélas, la maladresse congénitale de l’un d’entre eux, James, les prive à chaque fois de chef et les pousse à errer sans cesse de lieu en lieu et d’époque en époque. Lorsqu’ils débarquent à Los Angeles, ils provoquent une quantité vertigineuse de catastrophes, puis découvrent par accident la magie du cinéma et deviennent rapidement la coqueluche du studio Bright Brother Pictures, grâce au réalisateur Max qui les transforme en superstars. Mais la gloire n’a qu’un temps, et la situation s’apprête à prendre une tournure… monstrueuse.

Max et les minimonstres

Bourré de clins d’œil que le public cible – les jeunes enfants – ne comprendra pas mais que les parents cinéphiles adoreront, Des Minions et des Monstres rend un vibrant hommage aux pionniers du septième art. Par une série de reconstitutions minutieuses, les petits monstres s’incrustent dans les films de Muybridge, des frères Lumière et de Georges Méliès, avant de débouler à Hollywood où ils croisent la route d’Harold Lloyd, Charlie Chaplin et Buster Keaton. Comment ne pas se laisser griser par cette lettre d’amour au cinéma, s’appuyant sur une mise en scène d’une folle virtuosité ? À ce titre, la séquence du train lancé à vive allure dans les rues de la ville est un sacré morceau de bravoure. Le climax médian, situé à mi-parcours du film, marque historiquement l’arrivée du cinéma parlant et nous évoque bien sûr d’autres films centrés sur ce tournant décisif, tels que Chantons sous la pluie, The Artist ou Babylon. L’idée est brillante, car elle permet de montrer comment le flot créatif peut se heurter à une innovation technologique brutale qui le rend soudain obsolète. Rien n’empêche d’y voir un parallèle avec l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le monde de l’animation. Hélas, à partir de ce rebondissement, le film nous donne le sentiment de ne plus savoir quoi raconter. Les références successives au Jour où la Terre s’arrêta, à H.P. Lovecraft, à Godzilla et au Blob sont certes savoureuses pour les amateurs de fantastique, mais dès lors l’intrigue patine, part dans tous les sens et remplace le grain de folie en ébullition par un effet d’accumulation moins concluant. Dommage, parce que les intentions initiales restent excellente, et que Coffin et son équipe se paient un casting de premier ordre, avec quelques guest stars inattendues.

(1) Extrait d’une interview parue dans Première en juin 2026.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article