

Pour sa première apparition à l’écran, le célèbre catcheur masqué est kidnappé par un savant fou qui le transforme en zombie décérébré…
EL CEREBRO DEL MAL / SANTO CONTRA EL CEREBRO DEL MAL
1961 – Mexique
Réalisé par Joselito Rodriguez
Avec Joaquin Cordero, Fernando Osés, Santo, Norma Suarez, Enrique Zambrano, Alberto Insu, Juanito Tremble, Enrique Almirante, René Socarras, Mario Texas
THEMA SUPER-HÉROS I MÉDECINE EN FOLIE I SAGA SANTO
Star du ring au Mexique depuis les années 1940, le lutteur masqué Santo, autrement dit « Le Saint » (de son vrai nom Rodolfo Guzman Huerta), mettra du temps à débarquer sur les écrans. Après quelques faux départs, il fait ses premiers pas cinématographiques dans El Cerebro del Mal, quoique de manière encore timide. Dans ce film, en effet, il ne joue que les seconds couteaux et ne porte d’ailleurs pas son nom officiel, le scénario le nommant simplement « El Enmascarado », c’est-à-dire « l’homme au masque ». Ce n’est que plus tard, une fois son statut de super-héros vertueux bien établi, que le film sera rebaptisé Santo contra el Cerebro del Mal, et donc Santo contre l’esprit du mal en France. Tourné à la Havane en même temps qu’une autre aventure du même acabit, Cargamento Blanco (Santo contre les hommes infernaux), ce film est donc le premier des 54 dans lesquels le massif catcheur au masque d’argent démontre ses talents de bagarreur et de redresseur de torts. Santo restant ici à l’arrière-plan, le véritable héros du film est un autre lutteur, El Incognito, incarné par Fernando Osés. Celui-ci assure aussi la fonction de scénariste sur El Cerebro del Mal, comme il le fera pour près de quarante autres longs-métrages, parallèlement à ses activités d’acteur.


Une fois n’est pas coutume, le film ne commence pas par un combat de catch sur le ring mais par une bagarre de rue au cours de laquelle trois malfrats s’en prennent à Santo. Malgré sa force et son habile jeu de jambes, l’homme au masque d’argent ploie sous le poids de ses adversaires, qui s’emparent de lui et le transportent dans un repaire secret. Car nos voyous travaillent pour le compte du docteur Campos (Joaquin Cordero), féru d’expérimentations bizarres, qui se délecte déjà de voir ce nouveau cobaye à sa merci. « Avec cette injection et les rayons, je dominerai sa volonté » s’enthousiasme le savant, personne ne pensant au passage à retirer le masque du justicier pour découvrir son identité. Une piqûre dans le bras, quelques décharges électriques, et voilà notre bon Santo transformé en zombie au service de Campos. Ce dernier manipule d’autres hommes influents (un banquier, un scientifique) pour servir ses plans diaboliques, tout en couvant d’un regard concupiscent sa secrétaire Elisa (Norma Suarez), qu’il aimerait bien aussi soumettre à sa volonté. Mais El Incognito, un autre catcheur qui travaille main dans la main avec la police et les services secrets, va s’opposer à lui…
Mauvais esprit
Balbutiante, la mise en scène de Joselito Rodriguez s’encombre de nombreuses longueurs : les panoramas sur la ville n’en finissent plus, les trajets en voiture sont interminables. Plusieurs séquences nous semblent par ailleurs faire office de remplissage pour permettre au film d’atteindre la durée nécessaire, comme ce spectacle de flamenco ou cette chanson entonnée par un trio de guitaristes à la terrasse d’un café. Bref, Santo contre l’esprit du mal souffre de gros problèmes de rythme, peu aidé il est vrai par une musique parfaitement anonyme qui tapisse l’espace sonore de manière uniforme. Santo, ici, fait bien pâle figure. Non content d’avoir basculé malgré lui du côté des vilains, il nous semble toujours plus faible et pataud que ses adversaires, perdant quasiment tous ses combats. Passif la plupart du temps, il ne sort de sa torpeur qu’à dix minutes de la fin du métrage, mais sans beaucoup d’éclat. Le film nous offre tout de même un combat musclé entre lui et El incognito, jusqu’à ce que ce dernier – manifestement grand expert en chimie – ne mélange quelques liquides colorés dans des tubes à essai pour fabriquer un antidote et ramener Santo du côté des bons. Dans une œuvrette de ce genre, l’aspect psychologique est bien sûr ramené à sa plus simple expression. Pour justifier le basculement de son patron dans la mégalomanie diabolique, la trahison et le meurtre, l’assistant du Campos se contente ainsi d’affirmer que « l’excès de travail lui a fait perdre la raison », avant de s’en aller batifoler avec sa fiancée sous le regard béat des policiers. Les deux justiciers masqués, eux, feront leur retour dans Santo contre les hommes infernaux.
© Gilles Penso
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