

Un jeune couple à la recherche d’un logement visite un lotissement étrange où toutes les maisons sont identiques et ne parvient plus à s’en échapper…
VIVARIUM
2019 – IRLANDE / BELGIQUE / DANEMARK
Réalisé par Lorcan Finnegan
Avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris, Eanna Hardwicke, Danielle Ryan, Molly McCann, Côme Thiry, Senan Jennings, Fionn Lockett, Olga Wehrly
THEMA EXTRA-TERRESTRES
Signataire de plusieurs courts-métrages puis d’un premier long en 2016, Lorcan Finnegan s’attaque avec Vivarium à un récit de science-fiction conceptuelle particulièrement déstabilisant. « Mon co-scénariste Garret Shanley et moi-même avons travaillé ensemble en 2011 sur un court-métrage intitulé Foxes », raconte-t-il. « Ce film était une réaction à la situation politique qui régnait alors en Irlande : des lotissements surgissaient un peu partout. L’économie se portait très bien. Mais la crise a éclaté en 2008. Du coup, beaucoup de ces maisons ont été laissées à l’abandon. On les appelle désormais des “lotissements fantômes”. Nous avons donc situé notre court-métrage dans l’un de ces endroits. Cependant, en tournant ce film, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions fait qu’effleurer certains des thèmes que nous explorions. Une fois le tournage terminé, nous nous sommes donc demandé comment nous pourrions approfondir un peu plus le sujet. Nous voulions explorer ces idées sous l’angle de la science-fiction et en faire une histoire bien plus universelle. » (1) Et voilà comment naît Vivarium. Le scénario séduit aussitôt l’actrice Imogen Poots, révélée dans V pour Vendetta et 28 semaines plus tard. En lisant le script, elle pense aussitôt à Jesse Eisenberg, son partenaire de jeu dans The Art of Self-Defense de Riley Stearns, pour lui donner la réplique. Eisenberg accepte tout de suite, attiré par l’atmosphère très singulière que promet de dégager ce film. Le réalisateur cite lui-même parmi ses sources d’inspiration les travaux de David Lynch, Todd Haynes, Michelangelo Antonioni, Nicolas Roegg et Saul Bass.


Gemma, institutrice en primaire, et Tom, paysagiste, forment un jeune couple sans histoire. Lorsqu’ils visitent Yonder, un lotissement flambant neuf aux maisons parfaitement identiques, ils pensent avoir trouvé leur futur chez eux. Mais leur rencontre avec Martin, l’agent immobilier chargé de leur faire visiter la maison n°9, fait rapidement naître un malaise. Étrange, mécanique, presque inquiétant, il leur pose une question en apparence anodine : ont-ils des enfants ? Lorsque Gemma répond non, Martin répète ses mots d’une manière troublante, comme s’il ne faisait que les imiter. Puis, au beau milieu de la visite, l’agent disparaît. Intrigués, Gemma et Tom décident de quitter les lieux. Ils prennent leur voiture, suivent les rues du lotissement… mais, contre toute logique, se retrouvent devant la maison n°9. Ils recommencent. Encore et encore. Les mêmes maisons, les mêmes jardins, les mêmes routes. Yonder semble s’étendre à l’infini, sans aucune issue. Lorsque leur voiture tombe finalement en panne d’essence, le couple n’a plus d’autre choix que de passer la nuit dans la maison. Le lendemain, ils tentent de s’échapper à pied. Mais chaque chemin les ramène invariablement au même endroit : la maison n°9…
Les prisonniers
Le concept de Vivarium est tout à fait digne de La Quatrième dimension. Mais une autre série de la même époque nous vient également à l’esprit. Le 9 étant un 6 inversé, rien n’empêche d’y voir une allusion au Prisonnier. On y trouve la même idée d’un monde aseptisé, charmant mais sans saveur, sans âme, sans personnalité. Tout semble vrai mais tout est faux. La télévision elle-même ne diffuse que des images abstraites qui ressemblent à l’intérieur d’un cerveau. Le minimalisme du dispositif de mise en scène induit une certaine théâtralité, même si Lorcan Finnegan recours à des effets visuels complexes et ambitieux chaque fois qu’il doit montrer l’étendue infinie des maisons du lotissements, ces habitations toutes identiques qui semblent calquer leur architecture sur les peintures de Magritte. Porté à bout de bras par ses acteurs confondant de naturalisme, Vivarium semble presque annoncer avec un an d’avance les angoisses du confinement qu’imposera la pandémie du Covid-19 : l’enfermement, la routine, la répétition inlassable des mêmes journées… Volontairement, Finnegan refuse de nous donner toutes les réponses. S’agit-il d’une expérience scientifique dont les instigateurs restent insaisissables, comme dans Cube ? D’un monde virtuel dans lequel sont plongés malgré eux les protagonistes ? D’un sujet d’étude organisé par des extra-terrestres curieux de notre mode de vie, à la manière de ceux d’Abattoir 5 ? Cette dernière théorie semble être confirmée par les toutes premières images du film, centrées sur un coucou qui dépose son petit dans un nid pour qu’il soit élevé par d’autres oiseaux. On repense alors au roman Les Coucous de Midwich, qui se transforma en 1960 en classique de la science-fiction : Le Village des damnés. Mais cette interprétation n’est jamais confirmée. Vivarium reste donc une énigme, et ce n’est pas le moindre de ses atouts.
(1) Extrait d’une interview publiée dans Subculture Entertainment en juillet 2020.
© Gilles Penso
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