

Un enseignant endeuillé est muté dans un village italien où les habitants semblent vouer un culte à un jeune garçon doté de pouvoirs de guérison…
LA VALLE DEI SORRISI
2025 – ITALIE
Réalisé par Paolo Strippoli
Avec Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran, Giulio Feltri, Sergio Romano, Anna Bellato, Sandra Toffolatti, Gabriele Benedetti, Diego Nardini
THEMA POUVOIRS PARANORMAUX
Après des études en Arts et Sciences du spectacle, Paolo Strippoli poursuit sa formation en réalisation au Centre Expérimental de Cinématographie de Rome. Là, il va faire la rencontre des scénaristes Jacopo del Giudice et Milo Tissone. À la fin de leur parcours, afin de mettre à profit cette période de latence qui marque la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte et la vie active, ils décident d’écrire ensemble. Mettant en commun leurs idées, les jeunes diplômés réfléchissent lors de séances de brainstorming à ce que les êtres humains sont capables de mettre en œuvre pour se sentir bien et heureux, quitte à abuser des ressources du monde, tout comme des leurs lorsqu’ils plongent dans la religion, la drogue, ou dans d’autres addictions et excès qui peuvent être aussi le téléphone, la cigarette ou le sexe, que le réalisateur appelle ses « raccourcis » pour éviter toute souffrance psychique. L’essence de La Valle dei Sorrisi, le titre original de The Holy Boy, se profile déjà alors que le trio remporte le Prix Franco Solinas du meilleur scénario en 2019 pour L’Angelo infelice. L’année suivante, le réalisateur se fait remarquer avec un premier film coréalisé avec Roberto de Feo pour Netflix : A Classic Horror Story, Prix de la meilleure réalisation de la 67ème édition du Taormina Film Festival en Sicile. C’est après Piove, un deuxième long métrage en 2022, qu’il tourne The Holy Boy en 2024 dans la région d’Udine dans le nord de l’Italie.


Sélectionné au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg en 2025, avant de multiplier d’autres succès dans les festivals internationaux, The Holy Boy remporte le glorieux Mélies d’argent du Meilleur Film Fantastique ainsi que l’élogieux et convoité Prix du Public, ceci après une première mondiale toute aussi prestigieuse à la Mostra de Venise. Le film nous présente Sergio Rossetti, un judoka professeur d’EPS, interprété par Michele Riondino. En dépression depuis la mort de son fils unique, il est muté à Remis, un petit village italien isolé dans la montagne. Il voit dans ce déménagement l’occasion de prendre du recul avec le passé qui le hante, de tenter de faire son deuil, et pourquoi pas d’envisager une nouvelle vie ? D’autant que Remis, surnommé « La Vallée des sourires », est réputée pour abriter les habitants les plus heureux de la contrée. Mais cette communauté cache un secret qui sera bientôt révélé à Sergio. Torturé par la perte de son enfant et sa mauvaise conscience, le père endolori est un candidat idéal pour se laisser entraîner par les recommandations de ses nouvelles connaissances. C’est notamment le cas de l’engageante et compatissante Michela (Romana Maggiora Vergano), dont Sergio ne tarde pas à se rapprocher et à devenir intime. Elle lui recommande de consulter un jeune garçon aux pouvoirs étranges de guérison, Matteo Corbin, un adolescent de quinze ans qui joue un rôle central dans la vie des villageois.
L’adolescence et la douleur du monde
Paolo Strippoli, en jouant avec les codes de l’horreur et des thèmes de l’emprise, du sectarisme, du lavage de cerveau et du vampirisme, se penche avec sollicitude sur la fragilité des êtres humains qui se débattent avec leurs émotions et leurs souffrances respectives. Mais il nous montre aussi ici comment, pour se « sauver » de son mal-être, chacun peut se nourrir de l’autre et le sacrifier, tout en demeurant aveugle quant à sa propre cruauté et perversité. Avec sa double identité d’éducateur et de parent, Sergio, qui se ressent en échec en tant que père, va vouloir, pour protéger Matteo, lutter contre l’engrenage de ses démons qui le relient à la foule extasiée des endoctrinés de cette étrange forme de religion. Affronter son propre vide affectif et sa souffrance, avec lucidité et combativité, va lui permettre de résister à la tentation délétère de plonger dans le même bonheur béat et illusoire qui, de toute évidence, nuit à tous. Derrière ces sourires se dévoile donc en effet une réalité glaçante, masquée par les apparences qui se jouent comme une pièce de théâtre mortifère.
© Quélou Parente
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