HOT SPOT (2026)

Dans un monde futuriste gangréné par la crise énergétique, les humains sont connectés à une I.A. qui régit leurs vies…

HOT SPOT

2026 – POLOGNE / NORVÈGE / GRÈCE

Réalisé par Agnieszka Smoczynska

Avec Andrzej Konopka, Noomi Rapace, Reina Kirishma, George Aurimas Cris, Filippa Kaye, Niki Sereti, Ektor Liatsos, Rasmi Tsopela, Eleni Tzangka

THEMA FUTUR

Non, ce Hot Spot n’est pas le remake de l’excellent polar homonyme réalisé par Dennis Hopper en 1990. Il s’agit d’un thriller futuriste né après une longue maturation, auquel la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczyńska a consacré plusieurs années de sa vie en s’appuyant sur un scénario de Robert Bolesto, son collaborateur sur The Lure. Le projet est né au début des années 2020, bien avant que ChatGPT ne popularise l’intelligence artificielle. Pourtant, l’IA toute-puissante qui occupe le cœur du récit nous semble aujourd’hui singulièrement prémonitoire. À l’origine du film se trouve une réflexion de Bolesto sur la désinformation et l’effacement progressif des frontières entre réalité et fiction. Lorsque Smoczyńska découvre son histoire de cyber-sorcière vivant dans un camp de réfugiés, elle décide aussitôt d’en tirer un film. Hot Spot est conçu pour faire converger les grandes inquiétudes contemporaines – surveillance, guerres, crise climatique et emprise technologique – dans un univers où la sorcellerie et les algorithmes deviennent indissociables. Pour donner corps à ce monde désenchanté, la réalisatrice choisit Athènes comme décor naturel. Les vestiges de la crise économique, les bâtiments abandonnés et les infrastructures fatiguées lui offrent le cadre idéal du futur délabré qu’elle a en tête. Cette vision radicale s’accompagne d’un défi humain particulier : les rôles principaux sont tenus par des interprètes polonais, suédois, japonais et grecs, parlant quatre langues différentes. Le thème de l’incommunicabilité se propage donc même dans les coulisses du film.

Dans un futur proche, l’humanité est entièrement soumise à « La Tête », une intelligence artificielle consciente qui régit chaque aspect de l’existence. Tous les citoyens sont connectés à elle grâce à un nano-bio-organisme implanté dans leur corps, qu’ils doivent entretenir quotidiennement en consommant un « jelly bean ». Cette connexion leur permet de communiquer par la pensée, comme si chacun avait en permanence des voix dans la tête. Mais quiconque refuse de se soumettre à ce système est condamné à être éliminé. Les corps sont ensuite recyclés en eau et en énergie. Un jour, sur le site d’un aéroport désaffecté transformé en camp de réfugiés, une femme est sauvagement assassinée selon un rituel macabre. Les autorités chargées de l’immigration signalent le crime à « La Tête », qui confie l’enquête au détective privé Jan 623 (Andrzej Konopka). Le camp abrite les Néoâmes, des réfugiés qui refusent de se connecter par conviction religieuse. Parmi eux, Rana (Noomi Rapace) attire rapidement les soupçons de Jan. Énigmatique, elle semble posséder des pouvoirs surnaturels qui pourraient menacer l’ordre numérique établi.

Le droit à la déconnexion

« La Tête » étant à la fois décrite comme un dieu et une sorte d’émule du Big Brother de 1984, le sujet de notre dépendance à l’IA prend ici une dimension particulièrement inquiétante. Les individus, eux, ne sont plus que les pions d’un système qu’ils ne maîtrisent plus. D’autant que s’ils se déconnectent de « La Tête » (entendez « la matrice »), ils risquent leur vie. Comme pour entrer en rupture avec cette digitalisation du monde, la mise en scène d’Agnieszka Smoczynska évoque une bestialité enfouie au plus profond de certains humains. Notre protagoniste, notamment, possède des attributs physiques de fauve, tandis que la bande son l’accompagne de ronronnements et de rugissements. Une scène de forêt nocturne le mue même furtivement en félin, tandis que son épouse prend les traits d’un cervidé. Sans concession, Hot Spot s’autorise des écarts très brutaux, comme ces têtes qui explosent façon Scanners, cette victime horriblement mutilée (dont la tête arrachée a été attachée à la place du sexe), ces larves géantes qui dévorent les cadavres gloutonnement, ou encore ce visage dévoré en gros plan lors du climax. Toutes ces idées originales ne nous mènent hélas nulle part, d’autant que la véritable nature de Jan nous échappe totalement. Ses looks improbables (combinaison en cuir, kilt, mulet blond, boucles d’oreille, vernis à ongles) lui ôtent toute crédibilité et ses transformations progressives en fauve demeurent incompréhensibles.On ne peut pas reprocher à Smoczynska son manque d’ambitions artistiques, mais l’univers singulier qu’elle bâtit dans Hot Spot est finalement trop abscons et trop hermétique pour pleinement nous convaincre.

© Gilles Penso

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