THE GOOD BOY (2025)

Un jeune voyou est séquestré par une famille « bien comme il faut » qui décide de le ramener dans le droit chemin par tous les moyens…

GOOD BOY / HEEL

2025 – POLOGNE / GB

Réalisé par Jan Komasa

Avec Stephen Graham, Andrea Riseborough, Anson Boon, Kit Rakusen, Monika Frajczyk, Savannah Steyn, Mila Jankowska, Callum Booth-Ford, Noah Valentine

THEMA TUEURS

La genèse de Good Boy (qui a été rebaptisé Heel aux Etats-Unis pour éviter la confusion avec le film homonyme de Ben Leonberg) remonte à la rencontre entre le producteur Jerzy Skolimowski et le réalisateur Jan Komasa, alors que ce dernier assurait la promotion de Corpus Christi, en 2019. Skolimowski lui soumet un scénario de thriller qui n’a alors que peu de choses en commun avec le film final. Écrit en polonais, il raconte l’histoire d’un hooligan dans les rues de Varsovie. Séduit par le projet, Komasa accepte de le reprendre, mais sa transposition en anglais et son déplacement dans le Yorkshire britannique vont profondément en modifier la tonalité. Pour le cinéaste, il s’agit d’une première expérience de réalisation en langue anglaise, avec l’ambition de toucher un public international. Ce changement de décor s’accompagne d’un adoucissement relatif du récit. Dans la version originale, Tommy se livrait pendant la première moitié du film à des actes d’une brutalité extrême. « En Pologne, nous avons une plus grande tolérance à la brutalité dans notre cinéma », explique Komasa. « Tommy était épouvantable pendant quarante minutes : il faisait des trucs complètement dingues et s’en prenait aux gens dans la rue. C’était insupportable, mais j’adorais ça! » (1) Réduite à un montage de cinq minutes dans le film définitif, cette introduction donne néanmoins le ton sans se réfréner sur la cruauté et sur la nature sauvage et incontrôlable de son protagoniste.

Tommy (Anson Boon), 19 ans, est un jeune délinquant toxicomane qui cultive la provocation et la violence, dont il filme les débordements pour les diffuser sur les réseaux sociaux. Un soir, après avoir enchaîné alcool, drogues et comportements agressifs en boîte de nuit, il se retrouve séparé de ses amis et disparaît, enlevé par un mystérieux inconnu. À son réveil, il découvre qu’il est enchaîné comme un animal au sous-sol d’une demeure isolée du Yorkshire. Ses ravisseurs, Chris (Stephen Graham) et Kathryn (Andrea Riseborough), forment un couple aussi respectable en apparence qu’inquiétant. Leur objectif : rééduquer Tommy afin de pouvoir le réintégrer dans la société. Pour briser ses réflexes violents, ils lui imposent un programme aussi singulier que coercitif, mêlant musique classique, grands films britanniques et visionnage forcé de vidéos retraçant ses propres méfaits. Malgré ses hurlements et ses tentatives de rébellion, ses geôliers affichent un calme imperturbable, nous laissant imaginer que cette expérience n’est pas la première du genre. Leur fils, Jonathan (Kit Rakusen), un garçon au comportement étrangement impassible, semble lui aussi prisonnier de cet univers familial opaque. C’est alors que Rina (Monika Frajczyk), une jeune Macédonienne venue répondre à une annonce pour un poste de femme de ménage, découvre Tommy enchaîné dans la cave et devient malgré elle le témoin de cette invraisemblable entreprise de dressage humain…

L'humain reconditionné

Le tour de force du film consiste à nous attacher à des personnages qui n’ont rien pour susciter l’empathie: Tommy est un sale gosse violent et autodestructeur qui ne respecte rien ni personne, Chris cache sous ses airs affables l’âme autoritaire d’un homme au bord de la psychopathie, son épouse est prostrée et à moitié folle, leur fils tellement souriant et euphorique qu’il en devient glaçant. Seule Rina attire un peu notre sympathie, même si le scénario ne nous confie pas beaucoup d’éléments à son sujet. Le passé et les secrets des personnages restent d’ailleurs partiellement enfouis, suscitant la curiosité et éveillant l’imagination des spectateurs. Ce refus d’un manichéisme trop marqué n’était pas un choix simple de la part de Jan Komasa. Le public aurait tout aussi bien pu se désintéresser du sort des personnages. Après tout, ce voyou n’a-t-il pas ce qu’il mérite ? Cette « famille modèle » n’aurait-elle pas sa place dans un hôpital psychiatrique ? Mais les rapports de forces finissent par changer, les failles affleurent de chaque côté, notamment chez Tommy qui, peu à peu, s’assagit, sans que nous ne sachions pleinement s’il s’agit de simulation et de manipulation, d’un syndrome de Stockholm finissant par l’attacher à ses geôliers, ou d’un véritable abaissement de ses barrières. Cet enfermement radical aurait-il finalement les vertus thérapeutiques espérées ? Ou est-ce le contraire qui est en train de se produire ? L’exercice de style est fascinant, le suspense souvent à son comble, les acteurs formidables et le dénouement à la fois savoureux et saisissant.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Dazed en mars 2026

© Gilles Penso

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