ANIMAL DE COMPAGNIE (2016)

L’employé d’un chenil nourrit une obsession tellement forte pour une ancienne camarade de lycée qu’il décide de la séquestrer…

PET

 

2016 – USA / ESPAGNE

 

Réalisé par Carles Torrens

 

Avec Dominic Monaghan, Ksenia Solo, Jennette McCurdy, Da’Vone McDonald, Nathan Parsons, Janet Song, Gary J. Tunnicliffe, Denise Garcia, John Ross Bowie

 

THEMA TUEURS

Né à Barcelone en 1984, le réalisateur espagnol Carles Torrens pratique le court-métrage depuis le début des années 2000. C’est en 2011 qu’il s’attaque à son premier long-métrage, Emergo, un found footage qui s’attache à une équipe de parapsychologues enquêtant sur un immeuble supposément hanté. Le sujet est connu, le procédé aussi, et Torrens a donc du mal à sortir du lot. Mais son second long-métrage aborde une intrigue beaucoup plus singulière. Pet (que les distributeurs canadiens ont eu la prudence de rebaptiser Animal de compagnie pour éviter toute allusion malvenue aux flatulences du côté des spectateurs francophones !) a bien failli ne jamais voir le jour. Son scénariste Jeremy Slater, co-auteur des Quatre Fantastiques avec Simon Kinberg et Josh Trank, traîne ce script depuis longtemps et parvient à intéresser l’acteur Dominic Monaghan en 2008. Celui-ci, révélé par son rôle de Hobbit dans la trilogie Le Seigneur des Anneaux, s’engage aussitôt et reste attaché au projet coûte que coûte, malgré la succession de réalisateurs qui sont envisagés à tour de rôle pour diriger le film. Lorsque Carles Torrens hérite de la mise en scène, Pet sort enfin des limbes de « l’enfer du développement ». Pleinement investi, Monaghan y incarne Seth, un homme solitaire et raté, avec beaucoup de justesse.

Seth est employé à l’entretien d’un chenil et vit selon un rituel morose qui se brise le jour où il rencontre dans le bus une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux. Il s’agit de Holly (Ksenia Solo), ancienne camarade de lycée qu’il avait totalement perdue de vue. Pétrifié, Seth demande conseil à Nate (Da’Vone McDonald), un agent de sécurité, qui lui recommande d’avoir confiance en lui et d’aller l’aborder. Seth épluche alors les profils en ligne de Holly et tente de l’inviter à sortir, mais elle le repousse sans ménagement. Toutes les tentatives du malheureux pour l’aborder rivalisent de maladresse et de gaucherie, accentuant l’empathie que l’on éprouve pour ce personnage pathétique. Un jour, réfugié dans son travail, Seth découvre une trappe menant à une pièce située dans une aile abandonnée du chenil. Il entreprend alors de construire une cage en acier, de kidnapper l’élue de son cœur et de l’y enfermer…

La cage aux fous

Le huis clos consécutif à cette séquestration crée un rapport de force extrêmement tendu qui s’inverse progressivement pour emprunter des méandres scénaristiques inattendus muant le thriller psychologique en film d’horreur pur. Les incessants renversements de domination qui s’opèrent dans Pet finissent par nourrir une réflexion frontale sur la misogynie mais aussi sur l’hostilité envers les hommes. Et si les belles valeurs d’amour et de sacrifice semblent vouloir tout expliquer, nous savons bien que les choses ne tournent pas rond chez nos protagonistes et que rien ne justifie la confrontation malsaine qui s’offre à nos yeux. Peu à peu, via le minimalisme de son concept et l’épure de la situation, le film prend la tournure d’une fable contemporaine qui semble vouloir nous mettre en garde contre les désirs incontrôlables. Nous ne sommes pas loin non plus du dispositif théâtral, même si les codes du « torture porn » menacent régulièrement de s’inviter aussi dans le film. À plusieurs reprises, Pet est à deux doigts de crouler sous son trop-plein de rebondissements et de surprises, mais c’est aussi ce qui fait son charme. Quoique « charme » ne soit peut-être pas le mot le plus adéquat pour décrire un film suscitant autant le malaise. Le film de Carles Torrens fit en tout cas son petit effet lors de sa tournée des festivals du monde entier, ouvrant au réalisateur la porte de productions plus argentées, principalement pour le petit écran.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article