

Après La Planète sauvage et Les Maîtres du temps, René Laloux nous plonge dans un nouvel univers de science-fiction surréaliste…
GANDAHAR
1987 – FRANCE
Réalisé par René Laloux
Avec les voix de Pierre-Marie Escourrou, Catherine Chevallier, Georges Wilson, Anny Duperey, Jean-Pierre Ducos, Christine Paris, Zaira Benbadis, Claude Degliame
THEMA ROBOTS I SPACE OPERA
Tout commence en 1977, à Angers. Le réalisateur René Laloux, qui vient de créer un studio d’animation avec André-Marc Delocque-Fourcaud et le producteur Michel Gillet, décide pour son troisième long-métrage (après La Planète sauvage et Les Maîtres du temps) de porter à l’écran Les Hommes-machines contre Gandahar, un roman de science-fiction de Jean-Pierre Andrevon publié en 1969. L’écrivain, qui avait d’abord imaginé son histoire sous la forme d’une bande dessinée, accueille avec enthousiasme cette prometteuse proposition d’adaptation. Laloux récupère donc les droits du livre et fait appel au dessinateur Philippe Caza pour donner corps à cet univers singulier. Le scénario s’écrit rapidement et reste très fidèle au roman original, mais comment convaincre les éventuels investisseurs ? Pour y parvenir, Laloux réalise un pilote de sept minutes, avec des décors de Philippe Adamov et une musique de Brian Eno. Mais ce bout d’essai aux influences psychédéliques ne suffit pas à lever les fonds nécessaires. Faute de moyens, Gandahar est abandonné et semble condamné à rester à l’état d’ébauche. Il faudra attendre près de dix ans pour que le projet revienne à la vie. Lorsque Léon Zuratas, un producteur ami de Laloux, découvre l’existence de studios d’animation en Corée du Nord, capables de travailler à moindre coût, Gandahar semble enfin faisable. La production se remet donc en branle, Gabriel Yared remplaçant Brian Eno pour la bande originale définitive.


Sur la planète Tridan, au cœur du royaume de Gandahar, les humains vivent en harmonie avec la nature, qu’ils ont génétiquement transformée pour répondre à tous leurs besoins. Sous le règne de la reine Ambisextra et du Conseil féminin, cette civilisation paisible et hédoniste prospère dans un monde où les insectes géants servent de montures, les plantes deviennent des armes défensives et les oiseaux-miroirs assurent la surveillance du territoire. Mais cet équilibre est soudain menacé par l’apparition d’une armée d’hommes-machines en métal noir, capables de pétrifier les habitants grâce à un rayon d’une puissance terrifiante. Ils dévastent les villages frontaliers, massacrent les oiseaux-miroirs et capturent leurs victimes dans d’étranges œufs, avant de progresser inexorablement vers la capitale, Jasper. Pour comprendre l’origine de cette menace et découvrir les intentions de l’ennemi, la reine confie une mission d’exploration à Sylvain, un jeune serviteur. Au cours de son périple, celui-ci rencontre les Transformés, des êtres humains aux corps difformes et aux pouvoirs singuliers, rejetés aux marges du royaume. D’abord soupçonnés d’être responsables des attaques, ils se révèlent finalement étrangers à cette invasion. Pétrifié à son tour et emprisonné dans un œuf mystérieux, Sylvain y rencontre Airelle, une jeune femme avec laquelle il parvient à s’échapper grâce à l’intervention inattendue d’un reptile géant. Ensemble, ils découvrent le camp militaire des hommes-machines et une étrange porte, semblant surgir du néant…
Les années-lumière
Cultivant plus que jamais une approche surréaliste de la science-fiction, Laloux nous transporte dans un monde résolument autre, qui présente certes des points communs avec le nôtre mais dans lequel tous nos repères se perdent. Les humains, les animaux, les végétaux, les fruits nous semblent autant familiers qu’étrangers. Les rochers grognent, les aéronefs ressemblent à des raies manta, l’écume jaillit des océans pour jouer à cache-cache dans le ciel. Et puis il y a ces robots humanoïdes, ce monstre gordzillesque, ces montures aux allures de libellules géantes qui larguent des bombes organiques dévorant tout sur leur passage, ces scarabées qui plantent des graines d’où poussent d’inextricables barrières végétales, ces crabes cuirassés géants. Ce foisonnement visuel semble atteindre son apogée avec les Transformés, dont les morphologies impensables témoignent d’une incroyable inventivité. Ce sont ces surprises permanentes et ces idées folles qui permettent à Gandahar de nous émerveiller sans cesse, malgré des circonvolutions scénaristiques parfois insaisissables qui déclinent le mythe de l’apprenti-sorcier, symbolisent l’absurdité de toutes les guerres et content l’éternelle lutte entre la nature et la technologie. Pour conquérir le public américain, Gandahar connaîtra une bien étrange seconde vie sous le titre Light Years, dans une adaptation produite par Bob Weinstein. Cette version remanie sensiblement l’œuvre originale, dans la mesure où la première demi-heure est largement remontée, la fin modifiée et la musique de Yared remplacée par une autre partition. On note que les dialogues anglais sont confiés à l’immense écrivain Isaac Asimov, tandis qu’Harvey Weinstein, alors président de Miramax, est abusivement crédité comme réalisateur de cette version en lieu et place de Laloux.
© Gilles Penso
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