LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE (1972)

Le premier long-métrage de Wes Craven est une œuvre choc dont l'influence sera durable sur le cinéma de genre des années 70

THE LAST HOUSE ON THE LEFT

1972 – USA

Réalisé par Wes Craven

Avec David Hess, Lucy Grantham, Marc Sheffier, Sandra Cassel, Fred J. Lincoln, Jeramie Rain, Richard Towers, Cynthia Carr

THEMA TUEURS

Wes Craven se destinait à priori à une carrière d’écrivain plutôt que de cinéaste. «  Je n’ai fréquenté les salles de cinéma que tardivement, dans la mesure où j’ai été élevé dans un cadre familial et religieux strict qui n’approuvait pas que les enfants voient des films », raconte-t-il. « J’ai donc grandi en lisant des livres. Ce n’est qu’en devenant enseignant que j’ai pu me rattraper, grâce à un cinéma d’art et d’essai qui passait de nombreux grands classiques européens. J’ai ainsi découvert les films de Renoir, de Fellini, de Truffaut. Fasciné par ces œuvres magnifiques, j’ai finalement démissionné pour partir à New York travailler dans le cinéma. » (1) Là, notre homme accumule les petits boulots, de coursier à synchroniseur de rushes, jusqu’à sa rencontre avec le producteur Sean S. Cunningham, qui finance des petits films de fiction tournés en 16 mm avec des moyens techniques de documentaires. « Les exploitants réclamant à Sean un film d’horreur, il a fini par me proposer d’en écrire le script », continue Craven. « S’il était convaincant, j’aurais la possibilité de le réaliser et de le monter moi-même. Le problème, c’est que je n’y connaissais rien. Pour moi, les films d’horreur se résumaient à des squelettes cachés dans des placards ! » (2)

Pourtant, ce cinéphile invétéré se prête habilement au jeu et livre l’un des films d’horreur les plus influents des années 70. Le script, d’une grande simplicité, raconte l’enlèvement, le viol, la torture et le meurtre de deux jeunes filles par quatre dangereux criminels en cavale. Étrangement, Craven emploie des ballades folks et pop joyeuses en guise de bande originale, créant un décalage intéressant avec le climat malsain du film et dédramatisant presque les séquences de suspense, notamment lorsque l’une des captives tente de s’échapper. On peut en revanche s’interroger sur la pertinence des deux éléments comiques du film, deux policiers patauds et partisans du moindre effort qui rivalisent de bêtise et d’inefficacité. Mais lorsque surviennent les meurtres, la crudité de la mise en scène (due à l’extrême pauvreté d’un budget estimé à 80 000 dollars) les dote d’un réalisme et d’une brutalité inattendus.

La vengeance engendre la violence

L’originalité du film consiste d’ailleurs à adopter à tour de rôle le point de vue des victimes et celui des assassins (avec en tête l’impressionnant David Hess, que Craven allait retrouver dans La Créature du marais)… jusqu’à ce que les rôles ne s’inversent. Car l’ironie du sort veut que les tueurs trouvent refuge dans la maison des parents d’une des victimes. Et lorsque ces derniers comprennent à qui ils ont affaire, la vengeance est largement à la hauteur du crime… Si le propos est fort, cette partie du récit manque singulièrement de cohérence. En effet, la vengeance en question est froide et méthodique, ce qui ne colle pas avec la douleur indescriptible de deux parents découvrant tout juste qu’ils abritent les assassins de leur fille. Le paroxysme final est tout de même assez dérangeant : tout se finit au couteau, à la tronçonneuse et même à coups de dents ! Succès commercial inattendu, La Dernière maison sur la gauche rapporta plus de 20 millions de dollars, soit plus de deux cents fois son budget, et propulsa la carrière de Wes Craven.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005

© Gilles Penso

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