SHROOMS (2008)

L'absorption de champignons hallucinogènes d'un genre très particulier a des conséquences inattendues sur un groupe d'étudiants en pleine forêt

SHROOMS

2008 – USA / IRLANDE

Réalisé par Paddy Breathnach

Avec Lindsey Haun, Max Kasch, Jack Huston, Alice Greczyn, Robert Hoffman, Maya Hazen, Sean McGinley, Don Wycherley

THEMA VÉGÉTAUX

Un film d’horreur à base de champignons hallucinogènes ? Voilà une idée pour le moins originale, renforcée par un poster inventif sur lequel trois silhouettes fongiques se découpent sur fond de pleine lune pour esquisser la forme peu engageante d’une tête de mort. Le réalisateur Paddy Breathnach et le scénariste Pearse Elliott (déjà complices sur la comédie irlandaise Man About Dog) s’efforcent ainsi d’injecter un peu de substances psychotropes dans l’univers codifié du cinéma d’horreur champêtre. Lorsque le métrage commence, nous sommes cependant en terrain connu. Les protagonistes sont en effet des figures récurrentes du slasher et du survival, autrement dit un groupe d’amis chahuteurs et têtes à claque venus festoyer dans les bois. En  quête d’un « trip » mémorable, une poignée d’étudiants américains débarque ainsi au cœur de la forêt irlandaise pour faire une petite cueillette. Bientôt, les perceptions de nos joyeux drilles s’altèrent sous les effets des champignons et quelques créatures étranges font leur apparition entre les arbres. Mais s’agit-il vraiment d’hallucinations ? Tel est le postulat de Shrooms.

Tourné en sept semaines en Irlande, près des villes de Monaghan, Arnag et Derry, le film de Paddy Breathnach bénéficie d’extérieurs naturels particulièrement photogéniques et d’une mise en scène très soignée. En contrepartie, les lieux communs à foison (les autochtones antipathiques et patibulaires, le cerf renversé sur la route) et les personnages stéréotypés à outrance (au Q.I. généralement rachitique et à la libido caricaturale) jouent en défaveur du métrage, malgré un casting intéressant puisé parmi de jeunes comédiens méconnus. Mais le plus gros problème de Shrooms réside dans son refus étrange de ne pas exploiter son concept initial – l’épouvante générée par des visions dont on ignore s’il s’agit d’hallucinations ou non – pour se concentrer sur tout autre chose : des tueurs psychopathes échappés d’un ancien orphelinat et errant dans les bois en quête de victimes humaines.

Blair Witch sous acide ?

Certes, les assassins en question s’avèrent pour le moins effrayants et nimbent chacune de leur apparition d’une aura de terreur assez efficace. Mais cette légende urbaine – réelle ou fantasmée ? – prend rapidement le pas sur l’effet néfaste des champignons et évacue peu à peu toute l’originalité du postulat initial. Dommage, car quelques scènes insolites, comme la discussion avec la vache parlante ou la mort violente près de la voiture, laissent entrevoir le véritable potentiel mi-horrifique mi-humoristique du film. La chute, en forme de retournement de situation imprévu, s’efforce certes de remettre tous les éléments narratifs dans l’ordre et de lier les deux idées motrices du scénario. Mais c’est un peu tard, d’autant que ce twist ne s’avère pas vraiment convaincant à force de vouloir à tout prix rationaliser l’irrationnel. Etait-il vraiment approprié de traiter un tel sujet avec autant de sérieux et de premier degré ? Un peu plus de drôlerie et d’autodérision n’auraient pas fait de mal à une production finalement bien sage en regard de ses intentions pourtant prometteuses. Le trip est donc décevant et le slogan « Blair Witch sous acide » que l’on peut lire sur certaines jaquettes américaines s’avère un tantinet mensonger.

© Gilles Penso

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