

Après une cruelle déception amoureuse, un homme se met en couple avec une poupée grandeur nature… qui soudain devient vivante !
LA POUPÉE
2025 – FRANCE
Réalisé par Sophie Beaulieu
Avec Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France, Gilbert Melki, Mariane Basler, Adèle Journeaux, Souleymane Sylla, Ludovic Thievon, Eric Guerin
THEMA OBJETS VIVANTS
Praticienne du court-métrage depuis 2012, Sophie Beaulieu a l’idée de La Poupée en découvrant un reportage télévisé, situé aux États-Unis, dans lequel des hommes vivent en ménage avec des poupées en silicone hyperréalistes qu’ils considèrent comme leurs compagnes. Le sujet lui semble tellement incroyable – et en même temps si représentatif des maux de la société des années 2020 – qu’elle décide d’en tirer le scénario de son premier long-métrage. Mais l’idée n’est pas simple à vendre. Les éventuels investisseurs sont frileux, craignant de ne pas bien comprendre la tonalité du film. Un homme solitaire vivant avec une poupée qui devient autonome, ça n’est pas banal dans le paysage audiovisuel français. S’agit-il d’un drame social glauque ? D’une histoire de science-fiction ? D’un film d’horreur ? En réalité, Sophie Beaulieu n’envisage pas La Poupée autrement que comme une comédie romantique légère et décomplexée. Le projet finit par se monter grâce à la motivation de plusieurs producteurs indépendants, avec quelques aides publiques et finalement l’apport de Canal +. Désireuse d’inscrire son histoire dans un cadre où la nature est visuellement très présente, la réalisatrice choisit un décor montagnard – en l’occurrence au cœur du Jura -, ce qui contraste joyeusement avec le métier du personnage principal du film : un vendeur de gazon synthétique !


Rémi (Vincent Macaigne), la quarantaine, ne s’est jamais remis d’une rupture ayant bouleversé sa vie. Pour éviter de revivre une cruelle déception amoureuse, il a décidé de se mettre en couple avec une poupée grandeur nature qu’il a baptisée Audrey (Zoé Marchal). Grande, blonde, les yeux bleus, c’est à ses yeux la femme idéale. Il lui parle, dîne en sa compagnie, regarde la télé avec elle et lui fait l’amour. Ni ses collègues de travail, ni ses parents ne savent que la femme dont il vante sans cesse les mérites est en réalité un bel objet en plastique parfaitement inerte. Mais un soir, sans raison apparente, Audrey s’anime et devient vivante. Paniqué, Rémi ne sait pas du tout comment réagir. Faut-il prévenir la police ? En parler à sa famille ? La ramener dans l’usine qui l’a fabriquée ? Au même moment, Patricia (Cécile de France), une nouvelle collègue de travail, débarque dans son entourage et ne le laisse pas indifférent. Pour Rémi, la situation va devenir de plus en plus ingérable…
La femme objet
Le potentiel d’un tel scénario était énorme. Le problème, c’est que Sophie Beaulieu se contente d’enfoncer des portes ouvertes en restant sagement à la surface des sujets qu’elle aborde. Il eut pourtant été intéressant de profiter de cette métaphore pour explorer plus profondément les travers d’une société préférant la virtualité au réel, mais aussi le fossé qui sépare parfois les mentalités féminines et masculines, ou encore la question de l’identité de genre – très maladroitement et superficiellement amenée par le personnage de Domi (Adèle Journeaux), la sœur de Rémi. Autre souci : le film ne profite quasiment jamais des mille possibilités de comédie de situation qu’offre un tel concept. À peine a-t-on droit à une petite grimace de Gilbert Melki – terriblement sous-exploité en père bourgeois et conventionnel – lorsqu’Audrey évoque ses problèmes de menstruations avec un franc parler inattendu. Comme en outre le principe même de la réanimation inexpliquée de la poupée est traité volontairement par-dessus la jambe (comme si le scénario, sous prétexte d’une approche fantastique, s’autorisait tout et n’importe quoi), la suspension d’incrédulité du spectateur est sérieusement mise à mal. Fort heureusement, le casting choisi par la réalisatrice apporte une fraîcheur qui ferait presque oublier les faiblesses et les facilités du film. Vincent Macaigne excelle comme toujours dans le rôle d’un être distrait et inadapté, tandis que Cécile de France est plus pétillante et gouailleuse que jamais. Quant à Zoé Marchal, elle crève l’écran dans un registre pourtant pas simple. Dommage qu’avec de telles têtes d’affiches, La Poupée reste si tiède et si peu audacieux. Une belle occasion manquée, en somme.
© Gilles Penso
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