ANGEL-A (2005)

Luc Besson dirige Jamel Debbouze dans un conte moderne en noir et blanc mettant en scène un ange féminin d’un genre très spécial…

ANGEL-A

 

2005 – FRANCE

 

Réalisé par Luc Besson

 

Avec Jamel Debbouze, Rie Rasmussen, Gilbert Melki, Serge Riaboukine, Akim Chir, Loïc Pora, Jérome Guesdon

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Au début des années 2000, Luc Besson interrompt momentanément sa carrière de réalisateur pour fonder Europacorp, une société de production et de distribution ambitieuse appelée à se muer en quelques années en véritable major capable de rivaliser avec des géants tels qu’UGC ou Gaumont. Producteur et souvent scénariste de superproductions marchant sur les traces des grands succès américains (Taxi, Le Transporteur, Danny the Dog), le réalisateur du Grand bleu attend 2005 pour repasser derrière la caméra. Et là, surprise : au lieu de prendre les commandes d’un mastodonte de la trempe du Cinquième élément, il revient au scope noir et blanc de son premier long-métrage, Le Dernier combat, et concocte un scénario concentré sur une poignée de protagonistes. « J’avais besoin de prouver qu’à n’importe quel moment, même entre un Jeanne d’Arc et un Arthur et les Minimoys, j’étais capable de prendre une caméra et de faire du cinéma simplement, avec deux acteurs dans Paris », confie-t-il (1). Angel-A raconte l’histoire d’André, un petit escroc incarné par Jamel Debbouze. Criblé de dettes, menacé de mort, il s’apprête à mettre fin à ses jours. Mais au moment de faire le grand saut du haut d’un des ponts surplombant la Seine, il aperçoit Angela (Rie Rassmussen, substitut apparent de Milla Jovovich), une sculpturale jeune femme qui est sur le point de faire la même chose. Du coup, au lieu de se suicider, il sauve la belle des eaux, et celle-ci s’estime désormais redevable, le suivant partout pour l’aider à régler ses problèmes. Bientôt, André découvre qu’Angela est un ange envoyé par le ciel pour s’occuper de son cas…

De petite comédie urbaine, le film bascule donc dans le fantastique pur, sans que Luc Besson ne parvienne à aborder le sujet sous un angle d’attaque cohérent. Au lieu de laisser planer le doute quant à la nature angélique de son héroïne, il décide d’annoncer la couleur sans détour au beau milieu du métrage, mais via une poignée de petits tours de passe-passe sans envergure : un cendrier qui vole, une cigarette consumée qui se reconstitue… Du coup, lorsque les effets spéciaux spectaculaires de Buf Compagnie (fort réussis au demeurant) se déchaînent au moment du climax, déployant de larges ailes dans le dos d’Angela et la transportant dans les airs, on a beaucoup de mal à y croire.

Aime-toi toi-même

Angel-A souffre donc de son hésitation permanente entre deux partis pris (le réalisme et l’onirisme), d’autant que le scénario, peu palpitant, s’évertue à asséner à son spectateur des messages sans finesse. « Aime-toi toi-même », « Ne mens pas », « N’oublie pas que la beauté est intérieure » nous dit Angel-A, enfonçant beaucoup de portes ouvertes. Cela dit, Besson semble pleinement assumer le caractère sommaire de son conte moral. « Le sujet m’importait beaucoup, cette espèce de relation au miroir et d’acceptation de soi-même », déclare-t-il. « Nous avons tous souffert de ça, et il était normal que ce sujet me préoccupe à la quarantaine. Forcément, les gens plus jeunes, c’est-à-dire 80% du public, se sentent moins touchés. On savait donc que le film ne serait pas un triomphe au box-office, mais ce n’était pas le but. Il est quand même sorti dans quarante pays, et j’en suis très fier. » (2) Mais le film s’est depuis estompé dans les limbes de l’oubli et ressort rarement lorsqu’on évoque la carrière du cinéaste.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2006

 

© Gilles Penso

 

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