GHOST IN THE SHELL (2017)

Une adaptation live du célèbre manga de Masamune Shiro dans laquelle Scarlett Johansson incarne une mercenaire au cerveau humain et au corps artificiel

GHOST IN THE SHELL

 

2017 – USA

 

Réalisé par Rupert Sanders

 

Avec Scarlett Johansson, Takeshi Kitano, Michael Pitt, Pilou Asbaek, Chin Han, Juliette Binoche, Peter Ferdinando, Lasarus Ratuere

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Depuis la publication du manga original de Masamune Shirow en 1989, l’univers cyberpunk de « Ghost in the Shell » s’est étendu sur plusieurs formats. Il y eut d’abord le superbe film d’animation de Mamoru Oshii, puis ses trois séquelles, trois séries d’animation et plusieurs jeux vidéo. Une adaptation en live action semblait inévitable. Elle se concrétisa en 2017 sous la direction de Rupert Sanders, réalisateur de Blanche Neige et le chasseur. Margot Robbie, qui devait initialement en tenir la vedette, choisit finalement d’incarner Harley Quinn dans Suicide Squad et cède donc la place à Scarlett Johansson. Nous n’y perdons pas au change. Très convaincante dans le rôle du major Mira Killian, la Natasha Romanoff du Marvel Cinematic Universe fit pourtant grincer beaucoup de dents par sa seule présence. Le fait qu’une comédienne occidentale joue un rôle qui aurait dû logiquement être tenu par une actrice japonaise provoqua quelques levées de boucliers. Il ne s’agissait donc pas d’un jugement de valeur mais de principe, la grande majorité des mécontents n’ayant pas pris la peine de voir le film. Au risque de froisser les adeptes de la controverse, avouons que les attributs physiques du personnage initial, tel qu’il fut dessiné par Shirow puis revisité par Oshii, n’ont rien de fondamentalement asiatique, comme en témoignent par exemple ses grands yeux clairs et sa peau d’albâtre. Donc qu’importe finalement la nationalité ou l’origine de l’interprète, pourvu que son incarnation soit crédible.

Tourné en Nouvelle-Zélande, au cœur d’une vision fantasmée de Hong Kong qui semble s’inspirer en partie de Blade Runner, Ghost in the Shell se situe dans un futur où la recherche en matière de robotique et d’intelligence artificielle a fait des bonds spectaculaires. La majorité des humains sont « augmentés », intégrant à leur anatomie des extensions cybernétiques qui compensent des handicaps ou accroissent des performances. Fruit d’expérimentations de pointe, le major Mira Killian est unique en son genre. Un an plus tôt, sa famille ayant été victime d’une attaque terroriste, elle fut sauvée de justesse par la compagnie Hanka Robotics et son cerveau fut transféré dans un corps entièrement synthétique. Depuis, elle a rejoint une unité d’élite anti-terroriste. Mais en menant l’enquête sur un dangereux criminel capable de pirater et de contrôler les esprits, elle va se mettre à douter de ses propres origines…

L’esprit, l’âme et le corps

Même s’il emprunte quelques chemins de traverse, le scénario co-écrit par Jamie Moss, William Wheeler et Ehren Kruger reste très fidèle à celui du long-métrage animé de Mamoru Oshii. Le film de Sanders se positionne de fait comme un remake du Ghost in the Shell de 1995, dont il reproduit fidèlement plusieurs séquences plan par plan. Voir les dessins que nous connaissions prendre ainsi du volume et entrer dans une nouvelle dimension où la chair des comédiens et les images de synthèse se substituent à l’encre et aux traits est une expérience fascinante. D’autant qu’il est justement question ici de fusion entre l’organique et le digital, entre le simulacre et la réalité. La direction artistique du film et ses effets visuels sont de très haut niveau, la seule ombre au tableau étant probablement la bande originale agressive de Clint Mansell et Lorne Balfe qui ne retrouve jamais le lyrisme envoûtant des partitions de Kenji Kawaï. À travers cette relecture en prises de vues réelles de l’univers étendu conçu par Masamune Shirow, la société d’humains augmentés qui jalonnent le récit fait toujours autant froid dans le dos, certaines visions évoquant même parfois les fulgurances cauchemardesques de Tetsuo 2. Si l’approche de Rupert Sanders n’est pas aussi philosophico-métaphysique que celle de Mamoru Oshii, l’interrogation sur la nature de l’identité humaine demeure intacte. Avec en filigrane cette question sans réponse : qu’est-ce qui, de l’esprit, l’âme ou le corps, définit le mieux les individus que nous sommes ?

 

© Gilles Penso

 

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