LE CERVEAU DE LA FAMILLE (1996)

Un homme au crâne hypertrophié et au corps minuscule règne sur une bien étrange famille…

HEAD OF THE FAMILY

 

1996 – USA

 

Réalisé par Robert Talbot (alias Charles Band)

 

Avec Blake Bailey, Jacqueline Lovell, Bob Schott, James Jones, Alexandria Quinn, Gordon Jennison Noice, J.W. Perra, Vicki Skinner, Robert J. Ferrelli

 

THEMA FREAKS I POUVOIRS PARANORMAUX

Grand amateur du dessinateur Jack Kirby (qui créa avec Stan Lee les Quatre Fantastiques, Thor, Hulk, les X-Men et tant d’autres), le producteur Charles Band signe avec lui un accord en 1986 pour l’adaptation de deux de ses concepts. Faute de moyens, les films ne pourront jamais se concrétiser. Mais chez Band, rien ne se perd, tout se transforme. Ces idées non utilisées sont donc recyclées sous forme d’adaptations officieuses : Docteur Mordrid et Mandroid. Dans un esprit voisin, Le Cerveau de la famille s’inspire grandement d’une histoire créée en 1954 par Jack Kirby et Joe Simon pour le magazine « Black Magic ». Son personnage principal ? Un homme monstrueux cloué sur un fauteuil, affublé d’un corps minuscule et d’une tête disproportionnée. Le titre de l’histoire ? « Head of the Family » ! A ce stade, direz-vous, ce n’est plus de l’inspiration, c’est du plagiat ! Même si le scénariste Benjamin Carr, familier des productions Band, tente de se réapproprier ce personnage et ce titre pour raconter une histoire relativement différente du récit initial, les similitudes sautent aux yeux. Pourtant, le comic book original n’est cité nulle part dans les crédits, ce qui fit logiquement grincer les dents des amateurs du grand Kirby, mort deux ans à peine avant la sortie du Cerveau de la famille.

Tourné pendant deux semaines au printemps 1996, le film se situe dans une petite ville américaine et concentre son action dans trois décors principaux : un petit restaurant, un appartement et la sinistre maison de la famille Stackpools. Personne ne sait vraiment ce qui se passe dans cette demeure un peu à l’écart où vivent des quadruplés d’un genre très particulier : Otis le colosse (Bob Schott), Enestina la bimbo (Alexandria Quinn), Wheeler dont la vue et l’ouïe sont hyper-développées (James Jones), et enfin Myron l’hydrocéphale paraplégique qui contrôle par télépathie ses frères et sa sœur (J.W. Perra). Un soir, Lance (Blake Adams), propriétaire du restaurant de la ville, assiste à une scène inquiétante. Les Stackpools agressent un automobiliste et le cachent dans la cave de leur maison où se pratiquent d’étranges expériences. Lance décide alors de les faire chanter : pour qu’il accepte de garder le silence, ils doivent kidnapper le voyou Howard (Gordon Jennison Noice) dont l’épouse Loretta (Jacqueline Lovell) est sa maîtresse. À partir de là, les choses se mettent à dégénérer…

La grosse tête

Si Charles Band est tout à fait conscient que son film (produit et réalisé sous le pseudonyme de Robert Talbot) plagie Jack Kirby, son scénariste cherche l’inspiration ailleurs, notamment dans plusieurs vieux films d’épouvante tels que Bedlam, The Uneartly ou Les Monstres se révoltent. Pour autant, la tonalité générale du Cerveau de la famille reste très proche de celle d’une bande dessinée façon EC Comics, mêlant l’humour noir et l’horreur, avec en prime des pointes d’érotisme. Il faut dire qu’Alexandria Quinn et Jacqueline Lovell (spécialisée jusqu’alors dans le X) ne sont pas avares de leurs charmes, offrant au métrage quelques séquences de nu intégral d’une parfaite gratuité. Car il faut bien combler les vides d’un scénario qui peine un peu à se développer sur la durée d’un long-métrage. D’où de longues scènes de dialogues qui auraient gagné en efficacité si elles étaient plus courtes. L’attraction principale du film reste « le chef de famille » Myron, qui bénéficie d’un excellent maquillage de Chris Bergschneider et interagit avec les autres personnages grâce à d’astucieux effets de perspectives forcées. Le compositeur Richard Band concourt beaucoup à l’atmosphère insolite du Cerveau de la famille, retrouvant à l’occasion le grain de folie de Re-Animator, même si l’on ressent sa frustration de ne pas pouvoir bénéficier d’un orchestre plus ample pour donner corps à son inventivité. En charge des thèmes principaux, il est épaulé par Steven Morrell pour les musiques additionnelles. Charles Band chercha longtemps à produire une séquelle du film, Bride of the Head of the Family, pour laquelle il fit même réaliser un poster promotionnel. Mais ce projet est resté inachevé.

 

© Gilles Penso

 

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