L’INCROYABLE HOMME INVISIBLE (1960)

Le vétéran Edgar G. Ulmer revisite le thème classique de l’invisibilité en mêlant la science-fiction, l’épouvante, le film noir et l’espionnage

THE AMAZING TRANSPARENT MAN

 

1960 – USA

 

Réalisé par Edgar G. Ulmer

 

Avec Marguerite Chapman, Douglas Kennedy, James Griffith, Ivan Triesault, Boyd Morgan, Carmel Daniel, Edward Erwin

 

THEMA HOMMES INVISIBLES

Âgé de presque soixante ans, le très prolifique Edgar G. Ulmer se laissa influencer par les romans d’HG Wells au début des années 60. Ainsi, tandis que Le Voyageur de l’espace ait brodé autour du thème de « La Machine à explorer le temps », L’Incroyable homme invisible, réalisé la même année, s’inspire de « l’autre » grand classique du romancier. Mais il faut avouer que le scénario ne présente que peu de rapports avec les mésaventures de Jack Griffin. L’Incroyable homme invisible mêle ainsi les figures imposées du film noir avec ceux de la science-fiction et de l’épouvante – trois genres avec lesquels Ulmer est familier – tout en y adjoignant un soupçon d’espionnage. Évadé de prison avec l’aide d’une jeune femme mystérieuse prénommée Laura (Marguerite Chapman), Joey Faust (Douglas Kennedy), spécialiste des coffres forts, est conduit dans le laboratoire secret du professeur Ulof (Ivan Triesault). Inventeur d’un procédé scientifique révolutionnaire portant sur l’invisibilité, Ulof décrit ainsi sa découverte : « Ce rayon neutralise tous les tissus et os du corps. Cette machine utilise les rayons alpha bêta, oméga et ultraviolets en les combinant pour obtenir de meilleurs effets. » Comprenne qui pourra.

La première démonstration se fait sur un cochon d’inde. Il disparaît, non via un simple fondu enchaîné, mais grâce à un subtil trucage d’animation d’Howard A. Anderson qui montre d’abord son squelette noirci avant la dissolution complète. Malgré ses tout petits moyens, le film se place donc en rupture visuelle des effets de John P. Fulton sur L’Homme invisible de James Whale et annonce mine de rien les effets numériques de L’Homme sans ombre. Ancien docteur au service des nazis, Ulof se voit désormais contraint d’agir sous les ordres du major Krenner (James Griffith), car ce dernier a kidnappé sa fille pour faire pression sur lui. Brutal et sans détour, le major annonce ses projets, dignes d’un serial des années 30 : « mon but est de créer toute une armée d’hommes invisibles ». Faust sera le précurseur de cette armée, et on teste sur lui le puissant rayon X-13.

« Et vous, que feriez-vous ? »

Désormais « transparent » (comme l’indique un titre original assez imagé), l’ex-cambrioleur reprend du service et vole des produits appartenant à l’armée. Dans ce cas, les trucages sont des plus sommaires : des objets bougent tous seuls (suspendus par des fils invisibles) et des acteurs se battent dans le vide. Bizarrement, la police ne s’étonne pas outre mesure que cet homme puisse se rendre invisible, arguant simplement : « il a dû prendre du X-13 » ! A vrai dire, L’Incroyable homme invisible est un film plutôt cheap, qui accuse son budget minuscule, économisant les lieux et les comédiens, durant moins d’une heure, et se permettant quelques raccourcis hasardeux comme ce stock-shot qui montre la destruction d’un bâtiment n’ayant aucun rapport avec la maison censée exploser ! L’ensemble demeure malgré tout fort divertissant, notamment grâce à ses solides comédiens, et s’achève sur une mise en garde liée à la création d’un service d’espionnage utilisant la découverte de l’invisibilité. Et de conclure sur une question éthique posée directement au spectateur : « et vous, que feriez-vous ? »

 

© Gilles Penso

 

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