HELLBOY (2004)

Guillermo del Toro porte à l’écran la bande dessinée culte de Mike Mignola et offre à Ron Perlman l’un de ses rôles les plus emblématiques…

HELLBOY

 

2004 – USA

 

Réalisé par Guillermo del Toro

 

Avec Ron Perlman, John Hurt, Selma Blair, Rupert Evans, Karel Roden, Jeffrey Tambor, Doug Jones, Brian Steele, Ladislav Beran

 

THEMA SUPER-HÉROS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLBOY

Le parcours de Guillermo del Toro est d’une remarquable cohérence. Passionné par les monstres et le fantastique, il fait ses débuts dans les effets spéciaux puis réalise son premier long-métrage dans son Mexique natal, Cronos. Dès lors, il alterne les grosses productions hollywoodiennes (Mimic, Blade II) et les films plus modestes (L’Échine du diable) en les imprégnant tous de ses goûts, sa sensibilité et sa forte personnalité. Hellboy, son cinquième long-métrage, appartient à la catégorie des « gros films ». Mais c’est aussi un rêve de longue date pour Del Toro, désireux de rendre hommage à la série de romans graphiques créés par Mike Mignola en 1994 pour Dark Horse Comics. Le cinéaste éprouve une empathie irrépressible pour ce monstre héroïque, ce « freak » aux allures de démon qui lime ses immenses cornes pour pouvoir mieux s’intégrer parmi les humains. Et pour incarner « le garçon de l’enfer », Del Toro n’a qu’un seul nom en tête : Ron Perlman. Le massif comédien qu’il dirigea dans Cronos et Blade II a selon lui le charisme et la présence physique nécessaires pour endosser un tel rôle. Perlman accepte de bonne grâce, se soumet à des sessions de maquillage éprouvantes sous les mains expertes de Mike Elizalde et devient l’incarnation parfaite d’Hellboy.

Spectaculaire, l’entame d’Hellboy se déroule en pleine seconde guerre mondiale. En octobre 1944, le jeune Trevor Bruttenholm assiste à une tentative d’ouverture d’un portail par des agents nazis dirigés par le redoutable Raspoutine lui-même (Karel Roden), afin de libérer les créatures d’une autre dimension. Les forces alliées déjouent le plan, mais l’expérience laisse derrière elle un petit démon, que les soldats prennent sous leur coupe et surnomment Hellboy. L’action se transporte alors de nos jours, où nous faisons connaissance avec le bureau de recherche et de défense contre le paranormal, un organisme top secret dirigé par Bruttenholm (à qui John Hurt prête ses traits vénérables) dans lequel Hellboy, désormais adulte, travaille selon des méthodes très particulières. En menant l’enquête sur un monstre démoniaque qui a été abandonné lors du vol d’un musée, Hellboy et Bruttenholm réalisent qu’ils ont affaire à la menace renouvelée de Raspoutine et de ses associés nazis, déterminés à accomplir les rituels qu’ils avaient laissés inachevés en 1944.

Monstres et merveilles

Pour Guillermo del Toro, entrer dans l’univers d’Hellboy est l’occasion rêvée de construire un bestiaire inventif s’appuyant sur un mélange habile d’effets visuels et de maquillages spéciaux. Parmi ces créatures mémorables, il y a Abe (Doug Jones), l’homme poisson aux perceptions extra-sensorielles qui s’exprime avec un accent british très distingué, Kroenen (Ladislas Beran), le tueur nazi au masque à gaz et aux bras armés de lances qui respire comme Dark Vador, ou encore Sammael le cerbère de la résurrection (qui rappelle les chiens de la terreur de S.O.S. fantômes), un abominable molosse à la gueule démesurée hérissée de tentacules et arborant une interminable langue, dont les combats spectaculaires avec Hellboy scandent régulièrement le film. Sans compter ce monstre final colossal, tentaculaire et indescriptible qui semble tout droit échappé des pages de Lovecraft. Extrêmement distrayant, sans cesse surprenant, monté sur un rythme d’enfer aux rythmes d’une emphatique partition de Marco Beltrami, Hellboy est une nouvelle preuve de la capacité d’adaptation de l’univers si particulier de Guillermo del Toro aux canons d’une superproduction hollywoodienne. Certes, le film n’est pas exempt d’incohérences et de raccourcis scénaristiques, mais ces défauts restent mineurs et le tir sera rectifié à l’occasion d’une suite réjouissante, Hellboy 2 : les légions d’or maudites.

 

© Gilles Penso

 

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