MEGAN IS MISSING (2011)

Après avoir rencontré un jeune homme sur Internet, une adolescente disparaît sans laisser de trace. Que lui est-il arrivé ?

MEGAN IS MISSING

 

2011 – USA

 

Réalisé par Michael Goi

 

Avec Amber Perkins, Rachel Quinn, Dean Waite, Jael Elizabeth Steinmeyer, Kara Wang, Britanny Hingle, Carolina Sabate, Trigve Hagen, Curtis Wingfield

 

THEMA TUEURS

S’il y avait un seul film à montrer aux parents pour les mettre en garde contre les dangers auxquels s’exposent les enfants et les adolescents face à la boîte de Pandore qu’est Internet, ce serait Megan is Missing. En activité depuis le début des années 80, Michael Goi a signé la photographie de plus de trente longs-métrages et d’une demi-douzaine de séries TV lorsqu’il s’attelle à Megan is Missing. Ce n’est donc pas le geste opportuniste d’un apprenti-cinéaste soucieux de choquer son prochain pour faire parler de lui et gagner sa place à Hollywood (comme on a pu le lire ici ou là) mais plutôt la démarche réfléchie d’un vétéran du métier détournant le langage filmique pour aborder crument un sujet de société perturbant, quitte à secouer brutalement les spectateurs. Plus qu’un film à message, Megan is Missing est une œuvre pédagogique d’un genre très particulier qui ne manque pas d’alimenter les débats et de délier les langues. Le scénario s’inspire de sept faits divers réels particulièrement violents sur lesquels Goi se documente abondamment, collectant des transcriptions de procès, des vidéos de surveillance, des photos d’archive et des comptes rendus d’enquête. Bien conscient qu’aucune société de production n’aura la volonté de s’embarquer dans une telle aventure, le réalisateur autofinance son film – pour un budget de 35 000 dollars -, engage des acteurs amateurs, ramène son équipe technique au nombre de cinq et tourne pendant huit jours et demi avec du matériel amateur : camescopes, smartphones et webcams.

C’est donc à travers le prisme bien connu du « found footage » que nous est raconté Megan is Missing. Au fil d’une série de conversations vidéo et d’images tournées à la volée, nous faisons la connaissance de deux adolescentes de quatorze ans, la délurée Megan Stewart et la réservée Amy Herman. L’une est très populaire, l’autre beaucoup moins, mais elles s’entendent à merveille et se confient régulièrement leurs secrets les plus intimes. Au tout début, il faut bien avouer que l’amateurisme de l’entreprise fait un peu barrage à notre crédulité. Les gamines surjouent un peu, leur complicité ne sonne pas très juste, leurs caractères respectifs semblent un tantinet archétypaux. Mais plus le film avance, plus nous nous prenons au jeu, et lorsque la légèreté commence à s’imprégner de gravité – la soirée sordide qui dégénère – nous entrons de plain-pied dans cet univers finalement plus réaliste et crédible que nous ne l’aurions cru. L’artifice de la vidéo à la première personne (journal intime, chat, Facetime) prend tout son sens au sein d’une génération bercée dans la culture de l’image et du selfie. Les choses prennent une première tournure inattendue lorsque l’extravertie Megan, face à la caméra de son amie, se livre à une confession touchante au cours de laquelle elle se met littéralement à nu, abandonnant momentanément les oripeaux de la fille épanouie, décontractée et sexuellement précoce. Megan se laisse bientôt séduire par un lycéen dont elle ne voit pas le visage – sa caméra est cassée – et qui lui donne rendez-vous un soir. Mais qui se cache vraiment derrière l’écran ?

Les prédateurs

La disparition de Megan du jour au lendemain provoque un émoi logique dans son entourage et permet à Michael Goi de s’en prendre aux médias sensationnalistes (avec en ligne de mire des programmes TV vulgaires comme « To Catch a Predator ») en montrant de quelle manière ils exploitent de telles affaires face à des téléspectateurs avides de sensations fortes. Cet aspect du film est satirique, à la lisière de la parodie volontaire, même si le cinéaste n’a pas besoin de grossir le trait. Mais c’est pour mieux nous plonger au cours du troisième acte de son long-métrage dans un cauchemar éprouvant et sans issue. Car les vingt dernières minutes de Megan is Missing se vivent comme une lente descente aux enfers. La violence y est d’autant moins soutenable qu’elle est suggérée, hors-champ, laissée à la discrétion du spectateur. L’horreur se vit en temps réel, au fil d’interminables plans-séquence qui laissent progressivement le temps d’abandonner tout espoir. D’une noirceur et d’un nihilisme inouïs, le film est resté dans un tiroir jusqu’à ce qu’Anchor Bay Films ne prenne en charge sa distribution. Très controversé – c’était à prévoir -, totalement interdit sur le territoire néo-zélandais, il se muera plus tard en phénomène sur les réseaux sociaux où des milliers d’adolescents le visionneront et le partageront un nombre incalculable de fois. Tel n’était pas le public initialement visé par Michael Goi, un peu effrayé à l’idée que des spectateurs aussi jeunes découvrent ce film initialement destiné aux adultes. Mais pour le coup, le message pédagogique y gagna un impact inattendu.

 

© Gilles Penso


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