LA DEMOISELLE ET LE DRAGON (2024)

Millie Bobby Brown incarne une princesse « badass » dans ce survival nerveux déguisé en conte de fées…

DAMSEL

 

2024 – USA

 

Réalisé par Juan Carlos Fresnadillo

 

Avec Millie Bobby Brown, Ray Winstone, Angela Bassett, Brooke Carter, Nick Robinson, Robin Wright, Milo Twomey, Nicole Joseph, Patrice Naiambana

 

THEMA DRAGONS

En 2020, Millie Bobby Brown est devenue la nouvelle coqueluche des ados. Après trois saisons de Stranger Things et le succès d’Enola Holmes, la jeune actrice est l’une des valeurs montantes les plus importantes de la plateforme Netflix, qui souhaite continuer à capitaliser sur sa popularité. Alors que se tourne la quatrième saison de Netflix se prépare donc le projet La Demoiselle et le dragon, un ambitieux « anti-conte de fées » dont le budget est estimé entre 60 et 70 millions de dollars. Alors que Bobby Brown, qui approche alors des 20 ans, est nommée non seulement actrice principale mais aussi productrice exécutive du film, le scénario est l’œuvre de Dan Mazeau (La Colère des Titans, Fast & Furious X) et la mise en scène est confiée à Juan Carlos Fresnadillo (Intacto, 28 semaines plus tard). L’association de ce scénariste aux faits d’arme très anecdotiques et de ce réalisateur talentueux nous laissait très interrogatifs quant à la qualité du résultat final. Que fallait-il attendre de La Demoiselle et le dragon ? Le titre original, Damsel, évoque les jeunes femmes secourues par les héros des chansons de geste médiévales. Mais la voix off qui se prononce dès l’entame du film nous met en garde contre les apparences : « Dans bien des récits chevaleresques, un valeureux chevalier sauve une demoiselle en détresse », nous dit-elle. « Cette histoire est différente. »

Pour enfoncer le clou, la jeune Elodie campée par Millie Bobby Brown nous est présentée d’emblée comme une fille forte et indépendante, coupant vigoureusement du bois pour aider à chauffer le peuple appauvri sur lequel règne son père Lord Bayford (Ray Winstone), tenant gentiment tête à sa belle-mère Lady Bayford (Angela Bassett) et veillant comme une seconde mère sur sa sœur cadette Floria (Brooke Carter). Si elle accepte de se plier aux conventions d’un mariage arrangé, c’est pour venir en aide à son pays en y apportant des richesses secourables. En épousant le prince Henry d’Aurea (Nick Robinson), fils de la reine Isabelle (Robin Wright), elle permettra ainsi aux siens de redresser leur situation en profitant d’une dot conséquente. Au départ résignée, Elodie finit par se trouver des affinités avec son prétendant. Mais cette union cache un terrible secret, tapi au fin fond d’un gouffre où se terre un redoutable dragon…

Le gouffre aux chimères

Le concept n’est pas sans évoquer celui du Dragon du lac de feu. Mais si dans le conte sombre de Matthew Robbins un preux gentilhomme campé par Peter MacNicol venait se confronter au monstrueux cracheur de feu pour empêcher le sacrifice d’innocentes jouvencelles, l’héroïne de La Demoiselle et le dragon ne peut compter que sur elle-même pour sauver sa peau. Et la pimpante princesse endimanchée de se muer en guerrière dépenaillée au fil d’une aventure perdant ses atours de conte de fées pour se muer en survival impitoyable. Dans ce rôle très physique, Millie Bobby Brown se révèle très convaincante, portant une grande partie du film sur ses épaules. La bête qui lui « donne la réplique » ne démérite pas, même si son exposition en pleine lumière nous convainc moins que les séquences où elle est plongée dans la pénombre. Création 100% numérique d’après un design de Patrick Tatopoulos (le Godzilla de Roland Emmerich, I Robot), ce dragon qui parle avec la voix caverneuse de la comédienne Shohreh Aghdashloo nous rappelle bien souvent le Smaug de la trilogie du Hobbit mais aussi plusieurs passages de Games of Throne (notamment lors du dernier acte). On apprécie au passage la prestation de Robin Wright, dont la simple présence confirme la volonté de déconstruire les codes du conte traditionnel (ne tenait-elle pas la vedette de Princess Bride ?). Efficace à défaut d’être inoubliable, La Demoiselle et le dragon a le mérite – au-delà de ses qualités formelles – d’aborder sous un angle original le motif de l’enfant contraint de payer pour le péché des aînés.

 

© Gilles Penso


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