BIONIC BOY (1977)

Un garçon de dix ans se fait greffer des membres bioniques et se prend pour une version karatéka de L’Homme qui valait trois milliards

THE BIONIC BOY

 

1977 – PHILIPPINES / HONG-KONG

 

Réalisé par Leody M. Diaz

 

Avec Johnson Yap, Joe Sison, Chito Guerrero, Danny Rojo, David McCoy, Ron Rogers, Ronny Diaz, Subas Herrero, Clem Persons, Omar Camar

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I SUPER-HÉROS

Un film aussi invraisemblable que Bionic Boy permet de mesurer l’impact qu’a pu avoir la série L’Homme qui valait trois milliards à travers la planète. Son réalisateur, Leody M. Diaz, est un vétéran philippin du cinéma d’action, avec alors à son actif une quarantaine de longs-métrages. Lorsque le producteur Bobby A. Suarez l’embarque dans Bionic Boy, c’est à la fois pour surfer sur le succès des exploits télévisés de Steve Austin et pour pouvoir mettre en scène Johnson Yap, un virtuose singapourien du Taekwondo à peine âgé d’une dizaine d’années. Flairant chez lui le potentiel d’une future vedette, les initiateurs du film mettent en place une co-production entre Hong-Kong et les Philippines et s’appuient sur un scénario rocambolesque écrit par Romeo N. Galang. Le prologue du film s’efforce de vanter les nombreuses vertus physiques et morale de Sonny Lee, le jeune héros incarné par Johnson Yap. Venu à Manille pour remporter haut la main un championnat international d’arts martiaux, il est interviewé par une télévision locale et révèle sa nature de petit génie. Excellent dans toutes les matières, capable de résoudre en direct des problèmes complexes de géométrie ou de citer des compositeurs classiques, il rêve de devenir policier. « Je veux protéger les innocents contre les méchants, arrêter les criminels et les envoyer à leur place : derrière des barreaux. » Un brave petit gars, quoi.

C’est alors que nous découvrons le grand méchant de l’histoire : Franck, un chef de gang habillé comme John Travolta dans La Fièvre du samedi soir dont le rêve est de contrôler tous les trafics de la zone asiatique. Or Johnson Lee, le père du petit Sonny, déjoue l’un de leurs plans – tuer le riche industriel Ramirez – et devient donc l’homme à abattre. Pour parvenir à ses fins, Franck n’y va pas par quatre chemins. Ses hommes tendent une embuscade à Lee et écrabouillent sa voiture avec un bulldozer. L’agent et son épouse ne survivent pas, et Sonny s’en sort grièvement blessé. Ramirez est prêt à dépenser des fortunes pour prodiguer les meilleurs soins à cet enfant entre la vie et la mort. Des pionniers de la science bionique s’associent alors pour mener une expérience d’avant-garde. Leur but : remplacer tous les membres blessés de Sonny par des contreparties artificielles extrêmement performantes. Et voilà notre héros transformé en cyborg karatéka !

Super Sonny

Version miniature et asiatique de L’Homme qui valait trois milliards, notre « garçon bionique » calque ses pouvoirs sur son aîné. Il court donc au ralenti, saute très haut, voit et entend très loin. Il peut soulever une camionnette, briser un bazooka à mains nues, arracher un mirador ou défoncer un mur, toujours accompagné par un bruitage synthétique gentiment ridicule qui a vocation de souligner chacun de ses exploits. Bardée des tics inhérents au cinéma d’exploitation des années 70, la mise en scène abuse des coups de zoom intempestifs, des fusillades aux ralenti, des cascadeurs qui sautent en hurlant tandis que leur torse est bardé d’impacts de balle sanglants, et bien sûr des mannequins qui prennent le relais pour chuter dans le vide. Sans oublier les gros plans des méchants qui ricanent longuement et bruyamment. De jolies maquettes permettent de visualiser les déflagrations diverses qui ponctuent le métrage (un avion, une plateforme pétrolière, une usine, un hélicoptère) aux accents d’une bande originale funky héritée des films de Blaxploitation. Bionic Boy se laisse aussi inspirer par la saga James Bond, avec son commando d’hommes-grenouilles et sa bataille finale explosive dans le repaire du vilain. Connu également en France sous le titre Le petit roi du kung-fu, Bionic Boy s’achève sur une note étrangement amère. Une suite lui sera donnée en 1979 : l’impayable Dynamite Johnson.

 

© Gilles Penso


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