PANDORA (1951)

Ava Gardner et James Mason nous font revivre dans l’Amérique des années 30 la fameuse légende du Hollandais Volant…

PANDORA

 

1951 – GB

 

Réalisé par Albert Lewin

 

Avec Ava Gardner, James Mason, Nigel Patrick, Sheila Sim, Harold Warrender, Mario Cabré, Marius Goring, John Laurie, La Pillina

 

THEMA FANTÔMES

Tourné en Espagne avec une équipe technique principalement britannique (le genre d’expatriation qui était devenue monnaie courante à Hollywood à la fin de la seconde guerre mondiale), Pandora s’efforce de moderniser et de remettre au goût du jour la légende du Hollandais Volant. Selon le mythe initial, né au 17ème siècle, le capitaine Hendrick Van Der Decken fut condamné à errer sur les mers jusqu’à la fin des temps pour avoir osé blasphémer. Repris dans les années 1820 par le Romantisme allemand, le mythe s’adjoignit une annexe sentimentale, précisant que le fier capitaine pouvait faire escale sur terre un jour tous les sept ans, afin de trouver une femme suffisamment amoureuse de lui pour se sacrifier et le libérer du joug de sa malédiction. Wagner en tira un célèbre opéra, et le cinéaste Albert Levin, auteur d’une magnifique version du Portrait de Dorian Gray, s’en inspira pour écrire, produire et réaliser Pandora.

L’héroïne éponyme, campée par la superbe Ava Gardner, est une chanteuse américaine des années 30, fière, arrogante et admirée par tous les hommes traînant dans son sillage. En vacances à Esperanza, un petit port d’Espagne, elle refuse d’épouser le poète Reggie Demarest (Marius Goring) qui se suicide par dépit, ce qui la laisse quelque peu indifférente. Elle jette finalement son dévolu sur le pilote automobile Stephen Cameron (Nigel Patrick), sans toutefois parvenir à réfréner les assauts du torero Juan Montalvo (excellent Mario Cabré) qui s’est mis en tête de la conquérir coûte que coûte. Un soir, intriguée par un yacht mystérieux ancré dans la baie du port, Pandora y parvient à la nage (ce qui nous vaut un strip-tease intégral que la mise en scène habile se contente de suggérer, sans en ôter toutefois le fort potentiel érotique). A bord du navire, elle découvre Hendrick Van der Zee et tombe amoureuse de lui. Or il se trouve que ce marin taciturne, incarné par le toujours impeccable James Mason, est le fameux Hollandais Volant. Un long flash-back nous racontera d’ailleurs les origines de sa malédiction, liées au meurtre passionnel de son épouse.

La chanteuse et le fantôme

Le film mêle à la légende initiale des motifs hérités de la mythologie grecque, à travers plusieurs statues antiques disséminées dans les décors extérieurs catalans, et via l’héroïne qui renvoie à Pandore, celle qui déversa tous les malheurs du monde sur l’humanité pour avoir ouvert la boîte qu’il ne fallait pas. Pandora se pare d’une belle photographie Technicolor signée Jack Cardiff, et toutes les conditions seraient réunies pour un excellent conte moderne si le scénario n’annihilait pas tout le potentiel fantastique de son intrigue au profit d’une romance pour tabloïds. Courses automobiles, corridas, yachts sur la plage… Il ne manque plus que le Festival de Cannes et les paparazzis ! Le film souffre par ailleurs d’une voix off redondante qui juge bon de commenter l’intégralité du récit. Sans compter que le personnage de Pandora, glacial, odieux et hautain, n’emporte guère la sympathie du public, malgré le charme indéniable de son interprète. Sur le registre voisin de la romance fantastique, on préfèrera largement une Aventure de Madame Muir, plus légère et moins opulente.

 

© Gilles Penso


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