I’M YOUR MAN (2021)

Une scientifique accepte de participer à un test consistant à nouer une relation intime avec un robot conçu pour la satisfaire…

ICH BIN DEIN MENSCH

 

2021 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Maria Schrader

 

Avec Maren Eggert, Dan Stevens, Sandra Hüller, Hans Löw, Wolfgang Hübsch, Annika Meier, Falilou Seck, Jürgen Tarrach, Henriette Richter-Röhl, Monika Oschek

 

THEMA ROBOTS

Réalisatrice du thriller La Girafe, du drame Vie amoureuse, du biopic Stefan Zweig : adieu l’Europe et de la série Unorthodox, Maria Schrader se lance avec I’m Your Man dans une comédie dramatique intimiste laissant entrevoir comment la robotique et l’intelligence artificielle pourraient s’immiscer dans nos vies futures. Afin d’obtenir des fonds pour ses recherches, la spécialiste des langues anciennes Alma Felser (Maren Eggert) accepte de participer à une étude d’un genre très particulier. Pendant trois semaines, elle devra vivre avec Tom (Dan Stevens), un robot humanoïde conçu pour être le partenaire idéal, grâce à une programmation s’adaptant parfaitement à son caractère et à ses besoins. Dès que le test commence, Alma regrette sa décision. Le ridicule de la situation lui saute en effet aux yeux. Tom est certes un homme artificiel très séduisant, plein d’attentions délicieuses, d’un caractère égal et enjoué, d’une force surhumaine et d’une intelligence hyperbolique. Mais comment nouer avec lui une quelconque relation sérieuse, fut-elle temporaire ?

I’m Your Man s’efforçant de développer avec le plus de réalisme possible un postulat de science-fiction pure, il était nécessaire d’éviter la moindre fausse note pour que le château de cartes ne s’écroule pas. En ce sens, la prestation de Dan Stevens se révèle remarquable. Non content de posséder le sex-appeal indispensable au bon fonctionnement de son personnage et d’être capable de parler parfaitement l’allemand avec une petite pointe d’accent, l’acteur britannique parvient à nous faire croire dès les premières secondes à sa nature d’androïde grâce à un jeu subtil équilibrant au millimètre près les gestes mécaniques, les sourires un peu forcés, les regards fixes et les intonations légèrement décalées. Face à cette prestation à la froideur savamment calculée, Maren Eggert peut laisser s’exprimer sa pleine humanité, avec tout ce qu’elle comporte de failles, de contradictions et d’émotions refoulées. Car son personnage nous apparaît de prime abord glacial, antipathique, égoïste, cette carapace austère masquant des fêlures profondément enfouies. Paradoxalement, c’est au contact du robot qu’elle va pouvoir progressivement se libérer de tout ce poids.

L’homme idéal

Sous ses allures de « comédie romantique avec un robot », avec ce motif toujours fascinant de la possibilité utopique d’une idylle entre un être de chair et de sang et une machine intelligente (décliné dans des œuvres aussi dissemblables que Blade Runner, Electric Dreams, Edward aux mains d’argent, Her ou Ex Machina), I’m Your Man pose en substance une question brûlante d’actualité. Dans une société où la technologie et les algorithmes nous permettent désormais d’avoir un accès immédiat et adapté à chacun de nos besoins, ne risquons-nous pas de perdre peu à peu notre humanité ? Notre nature ne repose-t-elle pas justement sur la quête de désirs inassouvis, la frustration, les chemins de traverse, les détours et les compromis dont est jalonné un parcours de vie ? Ces interrogations existentielles ne trouvent bien sûr aucune réponse définitive, chaque spectateur étant invité à tirer ses propres conclusions de cette fable à peine futuriste aux ramifications vertigineuses malgré son approche naturaliste et sa mise en forme volontairement dénuée d’artifices.

 

© Gilles Penso


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