

Cinq étudiants en art fabriquent un mannequin biomécanique qui, soudain, se réveille et décide de les assassiner…
JIGSAW
2002 – USA
Réalisé par Don Adams et Harry James Picardi
Avec Barret Walz, Aimee Bravo, Mia Zifkin, Arthur Simon, Maren Lindow, James Palmer, Mark Vollmers, David Wesley Cooper, Marissa Adams, Brian Ellis
THEMA OBJETS VIVANTS I SAGA CHARLES BAND
Avant de réaliser le long-métrage Vengeance of the Dead pour Charles Band, Don Adams et Harry James Picardi jouèrent les couteaux suisses au sein des productions Full Moon, assurant notamment les rôles de monteurs et de sound designers sur des films aussi variés que Kraa ! The Sea Monster, Clockmaker, Frankenstein Reborn !, Murdercycle, Dead & Rotting, Veronica 2030, Witchouse, Les Morts haïssent les vivants, Alien Arsenal, Retro Puppet Master, Cryptz ou Killjoy 2. À cette époque florissante (où la quantité, hélas, était bien souvent préférée à la qualité), il n’était pas rare que trois ou quatre films soient mis en production chaque mois dans l’usine à série B de Band. Fort de leur Vengeance of the Dead, les duettistes se voient confier un autre film pour Full Moon dont ils signent une fois de plus la réalisation, le scénario, le montage et la production, le tout pour la très modique somme de 30 000 dollars. Et comme on pouvait le craindre, les ambitions artistiques de ces deux natifs du Wisconsin – où le film est tourné, comme le précédent – se heurtent à des contraintes budgétaires drastiques. Difficile de faire des merveilles avec si peu d’argent en poche et un planning de douze jours de tournage.


On ne peut pas reprocher au scénario de Jigsaw son manque d’originalité. La séquence d’introduction nous apprend que cinq étudiants en art sont mis au défi par leur professeur de créer une œuvre originale à partir des pièces détachées d’un mannequin d’apparence humaine. Charge à eux de customiser cette tête, ce torse, ces bras et ces jambes et de les assembler pour concevoir une sorte de Golem de leur invention en y injectant leurs peurs les plus intimes et leurs secrets les plus sombres. D’où le titre du film, qui signifie littéralement « puzzle ». Pour se donner de l’inspiration et du cœur à l’ouvrage, ils se retrouvent tous les cinq avec leur prof dans un bar et se confient les uns aux autres. À l’issue de cet exercice atypique, le résultat obtenu est une sorte de robot biomécanique bizarre équipé notamment d’un fusil à canon scié dans une main, d’une scie circulaire dans l’autre et d’une caméra greffée sur le visage. Pour aller au bout de la démarche artistique, les étudiants doivent mettre leur création au bûcher et voir tous leurs griefs et tous leurs mauvais souvenirs s’envoler. Mais il semblerait que Jigsaw n’ait pas spécialement envie d’être immolé…
Cadavre exquis
Pendant cinquante bonnes minutes, le film se soustrait à tout élément fantastique pour prendre les allures d’une chronique étudiante gorgée de séquences de dialogues conçues manifestement pour approfondir la personnalité des personnages et leurs fêlures. À ce titre, les flash-backs en noir et blanc qui décrivent les ravages de la toxicité masculine sur deux jeunes femmes (un père abusif et un mari violent) frappent par leur crudité. Mais dans la foulée, les victimes sont transformées en objets sexuels par le film dans des séquences clippées en totale rupture avec ce qui précède. Les intentions des deux auteurs/réalisateurs nous échappent donc un peu. Et lorsqu’enfin le mannequin se réveille et décide de massacrer tous ceux qui croisent sa route, aucune explication ne vient justifier ce virage surnaturel. Le Jigsaw se réveille et tue, c’est tout. Pas même un petit coup de baguette magique, une quelconque incantation vaudou ou même une décharge électrique vivifiante. Rien. Comme si Adams et Picardi se désintéressaient totalement de cette partie du film, par ailleurs très routinière. Il faut dire que le look de ce monstre patchwork n’est pas très concluant – une tête en plastique affublée d’une coupe iroquoise, une démarche rigide – et que les meurtres s’enchaînent de manière très mécanique, jusqu’à un final particulièrement abrupt. Dommage que le dernier acte de Jigsaw soit expédié de manière si désinvolte, parce que le concept ne manquait pas d’audace.
© Gilles Penso
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