LES MONSTRES DE LA PRÉHISTOIRE (1977)

Au pied du mont Fuji, un lac semble abriter un grand plésiosaure qui sème la panique parmi les habitants et les touristes…

KYÔRYÛ KAICHÔ NO DENSETSU

 

1977 – JAPON

 

Réalisé par Junji Kurata

 

Avec Tsunehiko Watase, Nobiko Sawa, Shôtarô Hayashi, Tomoko Kiyoshima, Fuyuchiki Maki, David Freedman, Maureen Peacock, Catherine Laub

 

THEMA DINOSAURES

En 1975, Les Dents de la mer secoue le public du monde entier et bouleverse à tout jamais l’industrie du cinéma. Personne n’est insensible à cette onde de choc, et les émules ne tardent pas à pointer le bout de leur museau aux quatre coins du monde. Shigeru Okada, président de la compagnie japonaise Toei, veut lui aussi sa part du gâteau et commence à imaginer un film de monstre marin. Parallèlement, les témoignages liés à la présence d’une créature d’allure préhistorique dans le Loch Ness s’intensifient et provoquent un regain d’intérêt pour ce vieux mythe écossais. Okada tient alors son sujet : le surgissement d’un dinosaure aquatique en plein lac nippon. Ainsi naît le projet Les Monstres de la préhistoire. Pour assurer au film un caractère folklorique local susceptible d’attirer les spectateurs du monde entier, l’intrigue se situera majoritairement dans les environs du célèbre mont Fuji et se réfèrera aux légendes liées aux dragons asiatiques. Tourné en extérieurs réels et sur les plateaux de la Toei, le film s’inscrit ouvertement dans le style du cinéma catastrophe alors très en vogue à l’époque et sollicite le savoir-faire du vétéran des effets spéciaux Fuminori Ohashi, qui œuvra notamment sur Godzilla et King Kong contre Godzilla, et qui signe ici son dernier film avant sa retraite.

Dans la forêt d’Aokigahara, au pied du mont Fuji, une jeune femme chute dans une caverne glacée tapissée d’énormes œufs. Avant de sombrer dans le coma, elle confie à un journaliste une vision terrifiante : « Deux yeux immenses qui bougeaient au fond de la coquille ». Son témoignage attire l’attention du géologue Takashi Ashizawa, qui se rend aussitôt près du lac Saiko – où l’on s’apprête à célébrer la traditionnelle « fête du dragon aux yeux rouges » – pour retrouver l’œuf fossilisé. À son arrivée, un violent séisme le laisse inconscient. Recueilli par Shohei Muku, un vieil ami de sa famille, Takashi reprend rapidement ses recherches dans la forêt de Jukai. Mais autour du lac, les signes inquiétants se multiplient : un couple disparaît en pédalo, un plongeur est retrouvé grièvement blessé, du bétail s’évanouit sans laisser de traces. Lorsque sa petite amie découvre le cadavre décapité d’un cheval, Takashi est contraint d’envisager l’impensable : une créature préhistorique et vorace rôde dans les profondeurs du lac.

Grosses têtes mécaniques et petites marionnettes

Comme on pouvait s’y attendre, Les Monstres de la préhistoire emprunte plusieurs idées au Dents de la mer, notamment ce faux aileron qui affole les gens, prélude au surgissement du vrai monstre. Comme le Nessie dont il s’inspire, celui-ci tarde à se montrer. Ce sont d’abord des ombres qui glissent, des remous dans l’eau, une grande queue qui s’agite. Au bout de quarante minutes, la bête paraît enfin, pas beaucoup plus crédible hélas qu’une attraction de fête foraine. Si le scénario nous apprend que nous avons affaire à un plésiosaure, son anatomie reste relativement fantaisiste. Pour lui donner corps, le montage alterne une grosse tête mécanique grandeur nature et des marionnettes miniatures. Les mêmes techniques permettent de visualiser l’autre créature du film, un rhamphorynchus géant à mi-chemin entre Rodan, le ptéranodon du Sixième continent et le volatile préhistorique de La Serre géante. Ce ptérosaure démesuré fait son apparition dans les vingt dernières minutes du métrage en claquant bizarrement sa gueule aux allures de pince à cheveux. Entravé par une musique « easy listening » qui atténue l’impact dramatique des scènes d’attaque, par un jeu d’acteurs excessif et par un scénario erratique qui traîne en longueur, Les Monstres de la préhistoire peine à nous convaincre. Le réalisateur Junji Kurata cherche pourtant les sensations fortes en osant quelques passages sanglants (le demi-corps d’une victime déchiquetée au niveau de la taille, des jambes arrachées, des têtes coupées) et en concoctant un climax à grande échelle qui montre enfin l’affrontement promis par le poster du film. Le public japonais boudera cette production pourtant soigneusement calibrée qui n’aura pas le succès escompté, malgré quelques retentissements notables sur le marché international, en particulier en Russie.

 

© Gilles Penso

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