

Entre pure horreur anxiogène et ultra romantisme, ce retour aux enfers est l’aboutissement d’un projet longuement muri depuis la sortie du premier opus…
RETURN TO SILENT HILL
2026 – USA / FRANCE
Réalisé par Christophe Gans
Avec Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange, Evie Templeton, Pearse Egan, Eve Macklin, Emily Carding, Martine Richards, Howard Saddler
THEMA MORT I SAGA SILENT HILL
Après les quatre premiers jeux originaux sur Playstation édités par Konami entre 1999 et 2004, l’auteur du Pacte des loups signe la première adaptation de Silent Hill en 2006. En 20 ans, la licence a donné lieu à diverses suites ainsi qu’à un second long-métrage, Silent Hill : Revelation 3D, réalisé cette fois par M.G. Bassett, également réalisatrice en 2009 de Solomon Kane et en 2025 d’une nouvelle adaptation d’un personnage créé par le texan Robert E. Howard, Red Sonja, avec l’actrice italienne Matilda Lutz éblouissante dans le Revenge de Coralie Fargeat. Si Christophe Gans a envisagé cette suite dès les débuts de son travail sur la licence, il a dû mettre le projet en stand-by pour mieux s’y consacrer avec sa co-scénariste, Sandra Vo-Anh – auteure de Dégénérescence dans la collection Frayeur dirigée par Jean Rollin et de Dans mon dedans sorti aux Belles Lettres – avec qui il a également écrit et porté à l’écran sa propre version du conte de La Belle et la Bête. Christophe Gans signe donc ici son grand retour sur les écrans avec un film dont l’atmosphère évoque les œuvres littéraires des auteurs macabres des 19ème et 20ème siècles (d’Edgar Poe à H.P. Lovecraft), ainsi que les grands thèmes romantiques chers au réalisateur depuis son segment The Drowned dans le Necronomicon, produit par Brian Yuzna en 1991, et son premier long-métrage Crying Freeman.


Bien que Mary (Hannah Emily Anderson) soit morte trois ans auparavant, l’amour que lui porte James Sunderland (Jeremy Irvine) l’entraîne dans une quête éperdue dans l’univers terrifiant de la ville de Silent Hill, désireux de remonter le temps, porté par la culpabilité de l’avoir abandonnée à deux reprises par le passé. Cette incursion dans l’enfer de la ville incendiée – à l’instar de son âme – s’apparente aussi à un combat contre ses propres démons, comme semblent le lui signifier les multiples miroirs brisés rencontrés dans le jeu, ou encore l’alter-ego de Mary l’appelant une nouvelle fois à l’aide. Ni ville fantôme, ni ville morte puisqu’habitée d’abominations qui ne cessent de se multiplier, mais plutôt ville condamnée, SIlent Hill est un mirage dans la brume, à l’orée d’une symbolique forêt et d’un lac (de larmes ?) qui la protège du sort des bâtiments lorsqu’ils s’effondrent sous les flammes. La restitution de ce volet, où les cendres n’en finissent pas de tomber, est une sublimation du jeu et de ses décors, où émergent de l’obscurité des camaïeux de couleurs gris-marron-vert, qui pointent dans la noirceur de ce monde comme des espoirs de (sur)vie, que le rouge du sang et l’orange du feu s’acharnent à détruire.
Des cendres et des pluies de larmes
Mais du Chaos de la mythologie nait aussi l’amour et l’harmonie. Ainsi James va affronter toutes ses peurs et transcender un monde fantasmagorique pour tenter de retrouver le chemin vers la vie, porté par le fol espoir d’une seconde chance après son rendez-vous manqué avec le bonheur ; celui-ci est hors de portée de la ville, là où le monde resplendit avec ses couleurs chatoyantes : le bleu du ciel tel celui des yeux de Mary, le vert de la nature luxuriante, le jaune du soleil qui vivifie. Silent Hill apparait alors à certains comme un purgatoire plus qu’un lieu infernal, qui donne à notre anti-héros, comme à nous-mêmes, de quoi méditer sur les mauvais choix, les erreurs passées qui hantent l’esprit, et sur les amours perdues. Conçues par Patrick Tatopoulos et chorégraphiées par Roberto Campanella d’après les designs de Masahiro Itō, une foultitude de créatures fantastiques chtuluhesques donne lieu à des scènes d’action pour lesquelles le cinéaste a toujours démontré à la fois son attirance et sa maîtrise du genre. La bande originale est signée par Akira Yamaoka lui-même, créateur, producteur et compositeur du jeu qui, par sa seule présence au générique, valide cette transposition de son œuvre. Retour à Silent Hill est une expérience immersive avec juste ce qu’il faut d’artificialité pour respecter la sensation ludique du jeu vidéo, en même temps qu’une réussite cinématographique qui n’est pas, comme d’autres transpositions, uniquement réservée aux gamers.
© Quélou Parente
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