SANS ISSUE (1986)

Tommy Lee Jones, Linda Hamilton et Robert Vaughn courent après une voiture futuriste dans ce thriller de SF écrit par John Carpenter…

BLACK MOON RISING

 

1986 – USA

 

Réalisé par Harley Cokliss

 

Avec Tommy Lee Jones, Linda Hamilton, Robert Vaughn, Richard Jaeckel, Lee Ving, Bubba Smith, Dan Shor, William Sanderson, Keenan Wynn, Nick Cassavetes

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Au début des années 80, alors qu’il vient de boucler New York 1997, John Carpenter signe le scénario de ce qui deviendra Sans issue. Les producteurs Joel B. Michaels et Douglas Curtis connaissent bien son travail, puisqu’ils ont déjà transformé l’un de ses scripts, Philadelphia Experiment, en joli succès pour New World Pictures. Logiquement, ils se tournent à nouveau vers lui pour lancer un nouveau projet. C’est là qu’entre en scène Harley Cokliss. Ancien assistant réalisateur sur les scènes glacées de Hoth dans L’Empire contre-attaque, Cokliss avait participé aux nombreuses réécritures de Philadelphia Experiment (sur la foi de son travail sur Le Camion de la mort) et hérite donc de la réalisation de Sans issue. Carpenter valide sa présence et l’aventure peut démarrer. Problème : le script initial nécessiterait un budget de dix à quinze millions de dollars. Or les producteurs ne veulent en allouer que trois. Il faut donc réécrire, alléger, simplifier, en s’efforçant de ne pas trahir l’essence du projet. Plusieurs versions plus tard, le budget est enfin compatible avec les ambitions du film. Le tournage se déroule principalement de nuit, en extérieur, dans les environs de Los Angeles. Quant au résultat final, c’est un produit hybride typique du milieu des années 80 : un thriller qui se mue en film de casse autour d’un McGuffin de science-fiction, en l’occurrence une voiture futuriste.

Le voleur professionnel Sam Quint (Tommy Lee Jones) est engagé par le FBI pour dérober un disque informatique contenant des preuves explosives contre la tentaculaire société Lucky Dollar Corporation. Le coup réussit mais attire aussitôt l’attention de Marvin Ringer (Lee Ving), ancien camarade de cambriolage devenu mercenaire au service de la firme, prêt à tout pour récupérer le précieux fichier. Pendant ce temps, dans le désert, un autre projet secret prend de la vitesse : la Black Moon, prototype futuriste conçu par un ancien ingénieur de la NASA. Cette voiture à réaction, qui utilise de l’eau pour carburant, est capable de filer à plus de 500 km/h. Son créateur, Earl Windom (Richard Jaeckel), enchaîne les tests sans se douter qu’il va croiser la route de Quint. Lorsque les deux hommes se retrouvent par hasard dans une station-service, Quint profite de l’occasion pour cacher le disque dans le pare-chocs arrière de la Black Moon. Windom repart pour Los Angeles, emportant à son insu la preuve que tout le monde recherche, et Quint n’a d’autre choix que de le suivre. Arrivé en ville, tout dérape : un gang ultra-organisé, mené par Nina (Linda Hamilton), vole la Black Moon encore chargée sur sa remorque. En tentant de les poursuivre, Quint remonte jusqu’aux imposantes Ryland Towers, deux buildings appartenant à Ed Ryland (Robert Vaughn), à la tête d’un syndicat du crime.

Concept Car

L’atout principal de Sans issue est son casting impeccable. La caractérisation du voleur dur à cuire incarné par Tommy Lee Jones est amorcée dès le prégénérique, lorsqu’il assiste parfaitement impassible à une tentative de braquage dans une supérette par un gamin dépassé par les événements. L’homme en a vu d’autres, de toute évidence. Jones avait d’ailleurs déjà joué dans un autre film écrit par Carpenter, Les Yeux de Laura Mars. Tout juste échappée de Terminator, Linda Hamilton campe de son côté une convaincante criminelle sophistiquée et charismatique. Quant à Robert Vaughn, il est comme toujours parfait sous la défroque du méchant. Autre star – mais cette fois-ci derrière la caméra -, le compositeur Lalo Schifrin signe une bande originale énergique, teintée de sonorités synthétiques, qui contribue à donner à la dernière partie du film les allures d’un épisode musclé de Mission impossible. Pur produit de son époque, Sans issue est emballé par Cokliss avec efficacité mais sans véritable coup d’éclat. Les nombreuses scènes de filatures, les fusillades et les poursuites de voitures auraient gagné à être plus nerveuses et gorgées d’adrénaline. Si certaines séquences marquantes émergent, comme le meurtre dans le garage, le passage à tabac de Quint ou la traversé vertigineuse entre les buildings, elles ne suffisent pas à faire de Sans issue une œuvre d’exception. Et puis, frustration ultime : la splendide voiture futuriste, noire comme un rapace et extrêmement aérodynamique, ne fait finalement que de la figuration, sans doute à cause des coupes budgétaires. Dommage que cet émule de K-2000 n’ait pas été exploité dans le film de manière plus consistante.

 

© Gilles Penso

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